C’est en s’adonnant à son occupation favorite -piller des tombes du côté des grandes carcasses- que Pil tomba un jour sur Mandor. Nu, muet et sans aucun souvenir, personne ne le connaissait dans les villages environnants. Pil décida de l’héberger chez lui, avec l’accord de sa sœur Yss, et de lui apprendre à parler. En échange, Mandor bricolait et réparait de vieux appareils récupérés dont l’usage n’était plus connu: un grille-pain, un mixeur, un vidéoprojecteur…Son habileté (et sa beauté…) lui permit de rapidement s’intégrer dans Bas-Mesnil. Mais son arrivée ne faisait pas que des heureux. Les Collèges (l’ordre religieux de cette planète) ne voyaient en effet pas d’un très bon œil l’étrange apparition de ce Mandor. Serait-il possible qu’il soit celui dont parlent les Psaumes? Cet « homme qui sortira des entrailles de TER et montrera à tous le chemin à accomplir… »

Les éditions Daniel Maghen ne sortent que quelques livres par an mais quels livres! Des récits enlevés aux dessins superbes et à l’édition particulièrement soignée: grands formats, beau papier et cahier graphique riche en bonus à la fin (avec recherches de personnages, planches en noir et blanc, dessins inédits…). Et après les excellents Iroquois (signé Prugne) et Les voyages d’Ulysse (par Lepage) sortis récemment, ce premier tome de TER annonce une nouvelle grande réussite. Car Rodolphe livre ici un scénario d’anticipation aux petits oignons (qui a quelques points communs avec son autre série du moment, Centaurus, qu’il co-scénarise avec Léo): à la fois évocateur, mystérieux et poétique. Un univers étrange (ses habitants sont des humains qui ont dû quitter la Terre, sans que l’on ne sache pourquoi, pour habiter cette nouvelle planète -mais est-ce réellement une planète- qu’ils nomment TER mais ils ignorent pourtant ce que sont les grilles pains ou les vidéoprojecteurs…) sur lequel plane une sombre menace (les fameux Psaumes parlent de « temps futurs où le sol grondera et rien ne restera des villes et des campagnes, des rivières et des champs ») et contrôlé par cet ordre religieux rigoureux, les Collèges, qui semble mener Mesnil d’une main de fer. Et qui voit peut-être arriver le prophète annoncé par les textes sacrés en la personne de Mandor. Un terrain de jeu idéal pour Dubois qui a pu laisser libre court à son imaginaire pour créer des paysages, machines, animaux et villages idoines de son fort joli trait. Précis et expressif à la fois. Rehaussé d’une superbe mise en couleur que le dessinateur a lui-même réalisée.

Un grand plaisir de lecture (on aime notamment la métaphore, en guise d’avertissement, que TER propose en filigrane avec ce peuple qui a oublié son passé et se retrouve, du coup, manipulé) qui nous emmène très loin, au beau milieu des étoiles, où le champ des possibles semble infini. Difficile en effet de deviner où Rodolphe va ensuite nous emmener. Inutile de dire que l’on est en tout cas impatients de le découvrir.

(Série en 3 tomes – Editions Daniel Maghen)