Vidal Balaguer était l’un des peintres espagnols les plus prometteurs de la fin du XIXe siècle. Pourtant, il ne parvint jamais à vivre de son art et a fortiori à être célèbre. Doué mais rêveur, Balaguer était criblé de dettes (il passait son temps à essayer d’échapper à l’ignoble Herzog, un usurier) mais a pourtant toujours refusé de vendre sa Jeune femme au Manton pour lequel on lui proposait beaucoup d’argent parce que la toile était tout ce qui lui restait de celle qui avait posé pour cette œuvre, sa muse, la belle Mar, disparue sans laisser de traces. Une disparition pour laquelle l’inspecteur Puig commença d’ailleurs à inquiéter Balaguer quelque temps après car il était le dernier à l’avoir vue…
Jolie évocation du Barcelone artistique (on croise également Canals, Nonell et d’autres modernes que Balaguer avait l’habitude de fréquenter au célèbre café El Quatre Gats) de la fin du XIXe siècle, avec la Sagrada Familia en train d’être construite par Gaudi en toile de fond, Natures mortes est aussi, avec la reproduction, en bonus en fin de livre, de ses toiles et une biographie de Balaguer par Rosa Doménech, professeur d’histoire de l’Art à Barcelone (qui va aussi organiser une exposition de ses œuvres), un bel hommage à ce peintre oublié de tous.
Et pour cause, il n’a jamais existé ! Zidrou a inventé sa biographie de A à Z et Oriol a réalisé ses peintures. Bref, les 2 auteurs ont réussi leur coup : on s’est bien fait avoir ! Au-delà du jeu de manipulation avec le lecteur, Natures mortes permet également au scénariste de proposer une réflexion ludique mais marquante sur l’illusion de l’Art (avec démonstration par l’exemple à l’appui…). Mais aussi de la vie…Avec la disparition, soudaine, de ces personnages, présent dans une case, puis absent dans la suivante, le scénariste vient nous rappeler la fragilité de notre existence.
Zidrou, avec ce récit aussi subtil que malin, parvient une nouvelle fois à surprendre.

(Récit complet – Dargaud)