Mute et Young God Records poursuivent leur formidable travail de réédition des albums de Swans. Après White Light From The Mouth Of Infinity et Love Of Life (enregistrés en 91 et 92) dépoussiérés en 2015, c’est au tour de The Great Annihilator, neuvième album du groupe, de se voir remasteriser et de ressortir en digipack avec un artwork proche des sorties récentes de la bande à Gira. L’occasion de se replonger dans cette seconde incarnation de Swans, celle des années 86 à 96, qui vit Jarboe rejoindre la formation de Gira qui, sous son influence, prit ses distances avec la no wave bruitiste des débuts. Et The Great Annihilator est un témoignage très représentatif de cette période. Bien plus facile d’accès que ce que Swans avait pu faire auparavant, il voit le groupe mettre en place les éléments musicaux qu’il a ensuite développés pour arriver à ce qu’il fait actuellement, sauf que maintenant il les mêle au sein d’un même morceau pour en faire des pièces musicales orchestrales de 15 à 20 minutes de long. Si les morceaux de The Great Annihilator sont donc bien plus courts (même si l’album frôle les 80 minutes…) que sur les derniers The Glowing Man, To Be kind ou encore The Seer, on y retrouve cette folk-noise répétitive, hypnotique et habitée (comme sur Mother, Father avec un chant de Jarboe qui prend aux tripes), aux accents post-rock que l’on connaît maintenant. Ce côté shamanique que sa musique peut aussi prendre parfois, avec le chant de Gira qui s’apparente à des incantations et des passages plus planants.
Et comme d’habitude, les 2 labels ont fait les choses en grand en offrant ici, en bonus, sur un second cd, le premier album solo de Michael Gira, Drainland, enregistré à la même période, en 1995 pour être tout à fait précis. 10 morceaux le plus souvent emmenés par une guitare acoustique qui proposent une folk, façon Gira, dépouillée (ici ou là un synthé, des samples ou une basse accompagnent la voix et la guitare du bonhomme), souvent mélodique et envoûtante, comme sur Where Does Your Body Begin ?, Unreal ou Your Naked Body mais également capable de virer subitement indus (I See Them All Lined) ou plus expérimentale (Low Life Form et ses samples flippants qui pourrait être la BO d’un film d’épouvante). Un brin inégal dans l’ensemble, ce Drainland permet en tout cas de (re)découvrir une autre facette du travail de Gira. Et puisque l’on parle de Swans, le groupe vient d’attaquer sa dernière tournée avec le line up actuel. Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

(Réédition double album – Mute/Young God Records)