Finalement, Chelsea Light Moving n’aura été qu’un projet éphémère. Et ses surprenantes guitares plus agressives et même metal qu’une envie passagère. Car dès la longue intro d’ Exalted, on comprend que Thurston Moore est revenu à ses penchants Sonic Youthien. Là où il est le plus à l’aise en fait. Car notre homme a besoin d’espace pour ses expérimentations. Il aime ces longues pièces (3 de ces 5 titres durent autour des 10 minutes, les 2 autres étant surtout là pour changer de rythme et apporter un contre-point), véritables aires de liberté, qui lui permettent de développer ses idées, de faire évoluer les motifs de guitare et de partir dans des digressions (moins bruitistes qu’auparavant cependant, à part sur le dernier titre, Aphrodite, idéal pour finir un concert…) impromptues avant de revenir sur les rails du morceau dont basse et batterie (assurés respectivement par Deb Googe de My Bloody Valentine et le fidèle Steve Shelley) se chargent de garder le cadre pendant que Moore et Sedwards s’amusent. Du coup, ceux qui connaissent bien les albums de Sonic Youth et de son ex-leader auront parfois une impression de déjà entendu, c’est vrai. Mais malgré tout notre homme livre tout de même un bon album. Pas excellent parce qu’il ne surprend guère, effectivement, et parce qu’on se serait bien passé de certains solos, signés Sedwards, en charge de la guitare lead sur Rock’n Roll Consciousness. Mais un bon album tout de même, qui fait la part belle aux guitares, bien sûr, dont on a ici à peu près toute la palette: arpèges, shoegaze, en son clair, dissonantes… Un vrai festival. Et qui propose 3 très bons morceaux, dont le mélancolique Exalted, dont on a déjà parlé, à la structure impressionnante de fluidité, qui propose 12 minutes de vas et viens entre calme et agitation, séquences carrées et petits moments de folie avant l’arrivée du chant si typique de Moore. Du grand art. Par contre, on n’a pas trop compris le titre de l’album, non pas que l’on ne connaisse pas le côté engagé politiquement de Thurston Moore mais plutôt parce que les paroles ne sont pas du tout en phase. Coécrites par le poète Radio Radieux, elle parlent beaucoup d’amour : entre les anges, d’amour sacré, de la déesse de l’amour et de la beauté (Aphrodite, le dernier morceau)… Un mystère.

(Album – Caroline Records)