Cela a beau faire quelque temps que l’on n’a plus lu Grégory Mardon, on n’oublie pas pour autant cet auteur qui avait signé, en guise de premier récit, Vague à l’âme (sorti en 2000, déjà…), un livre vraiment mémorable. Prends soin de toi était l’occasion de renouer avec son travail…
…Qui fait preuve de toujours autant de sensibilité et de subtilité pour décrire la complexité des sentiments humains. Cette fois, dans ce nouveau récit, l’auteur s’attache à mettre en images une période douloureuse dans la vie d’un homme: une rupture amoureuse. On suit donc un trentenaire parisien dans les moments d’après: ceux de l’absence, ceux des tentatives, impossibles, pour oublier, ceux du manque et de la remise en question, totale et violente. Car dans ces moments-là, on doute de tout: de soi, de la vie (a-t-elle vraiment un sens?), de l’amour (on est bien sûr persuadés que l’on n’aimera plus…)…Et ceux de la renaissance qui finit, lentement mais sûrement, par venir. Pour le protagoniste de Prends soin de toi, cette renaissance prend la forme d’un voyage qu’il entreprend pour rejoindre Marseille afin de livrer une lettre envoyée en 1976 par son amoureux de l’époque (dans laquelle il lui demande de venir vivre dans le sud avec lui) à l’ancienne propriétaire de l’appartement qu’il vient d’acheter et qui n’a jamais été lue (et ne le sera plus car la vieille dame vient de mourir) car le facteur l’avait malencontreusement glissée sous le lino en la passant sous la porte. Un long road trip (il descend en Vespa!) qui lui permet, au gré des superbes paysages entrevus (les 136 pages du livre laissent toute latitude à Mardon pour donner toute sa dimension contemplative au récit) et des belles rencontres faites (notamment avec un vieux monsieur sur la terrasse d’un café marseillais), d’observer et d’apprécier, de nouveau, la liberté qui lui est offerte, les petits plaisirs simples du quotidien (un joli lever de soleil estival, un plongeon, nu, dans une rivière fraîche…) et la beauté de la vie.
Car Prends soin de toi est avant tout cela: une ode à la vie, qui peut, nous dit Mardon, être belle si on sait aller de l’avant malgré les coups du sort et si on fait tout pour être heureux. Un très beau livre. Lumineux et attachant.

(Récit complet – Futuropolis)