Deerhoof a toujours fait partie de ces groupes à part, bourré de références pleinement digérées, mais créant une musique incroyablement unique. Sur cet album enregistré par Ian et Jay Pellicci (31 Knots), le trio, devenu quatuor avec l’arrivée d’un nouveau guitariste, continue ses explorations abracadabrantesques dans le monde illusoire de la pop. De pop, il en est pleinement question sur ce « Offend Maggie »… mais à la sauce Deerhoof : démembrée, acidifiée, déstructurée. Le groupe a beau débuter sur les chapeaux de roues avec un bel hommage à AC/DC et Led Zeppelin sur « the Tears and Music of Love », c’est bien un enchainement de comptines mélodieuses qui attend l’auditeur. Et si les guitaristes sont passés à deux, c’est bien Satomi Matsuzaki, et sa voix haute perchée, qui gardent le premier rôle, au point d’en être parfois irritante. Il faut dire que si Satomi excelle dans les chants régressifs et les « japoniaiseries », elle sort malheureusement régulièrement des clous, avec quelques faussetés qui ont de quoi déranger l’auditeur (comme sur « eaguru guru » par exemple). Désagrément d’autant plus accentué par le mix qui la place en premier plan. On regrettera d’ailleurs que Greg Saunier, le batteur charismatique du groupe, ne bénéficie pas d’un peu plus de place dans ce mix. Le choix est définitivement à la pop, et aux harmonies sublimes des guitares. Bien entendu, Deerhoof continue d’y incorporer ses breaks explosifs, ses contrepieds, ses dissonances, son humour et ses influences sixtisantes, mais l’ensemble reste plus rond qu’à l’accoutumé, plus accessible pourrait-on dire. Pourtant, on sent que derrière, Greg Saunier n’hésite pas à exploser (aidé parfois par les guitaristes)… Je serais d’ailleurs curieux de voir ce que donneront les versions concerts.

En attendant, si l’album demande plusieurs écoutes pour s’acclimater à l’omniprésence du chant de Satomi, il renferme d’excellents morceaux, dont les amateurs devraient se régaler. Les mélodies, mises à l’honneur, sont enivrantes, et la folie, bien que plus canalisée, toujours présente. Côté nouveautés, on pourra noter des guitares qui nous renvoient étrangement à Blonde Redhead sur le début de « Eaguru Guru », l’arrivée d’un nouveau guitariste, bien que ce ne soit pas obligatoirement ce qui saute aux yeux à la première écoute, une belle incursion funky sur « Snoopy Waves », et cette nouvelle avancée harmonieuse dans le monde étrange de la pop et du tube. Et pourtant, quelque soit les nouveaux chemins empruntés, Deerhoof continue de faire du Deerhoof, imprimant son ADN génétiquement modifié sur tous ses morceaux. Définitivement unique.

(Album – kill rock stars)