Scipion Nisimov déambule la clope au bec. Ce drôle d’oiseau n’aime rien moins que se promener. Dans la nature. Et plus encore dans sa tête. Ce jour-là, en vacances, au cours de l’une de ses balades, il rencontre Tchavolo, un gitan de passage. Ils font un bout de chemin ensemble et pêche. Une belle rencontre. Mais c’est l’heure d’aller retrouver Daphné. Scipion est fiancé et il l’aime. Quand il arrive chez elle, il la surprend au lit avec un taureau…
Chacune des 70 pages de Mélodie au crépuscule propose la même organisation: un gaufrier vertical de 6 cases, invariablement. Et pourtant pas une seconde on ne s’ennuie à la lecture de ce récit, pas une seconde on ressent une quelconque monotonie. Car le dessin de Dilliès joue constamment avec cette contrainte, s’amusant sans cesse à contourner ce cadre qu’il s’est lui-même imposé, nous faisant finalement oublier ces traits qui séparent les cases. Tout comme Scipion trompe l’ennui du quotidien (le travail aliénant, l’argent qu’il faut gagner pour vivre, les horaires à respecter, le bruit et la pollution de la ville) en se réfugiant dans de tendres chimères ou en écoutant la musique tzigane de Tchavolo.
Vous l’avez compris, comme souvent quand Renaud Dilliès est à la plume et au crayon, Mélodie au crépuscule nous offre une rêverie, ode à l’imaginaire et à l’Art. Une échappée belle qui nous intime de prendre le temps. De se promener, de contempler la nature, de faire des rencontres. De voyager. De rêver aussi. Et surtout de ne pas oublier que la vie, ce n’est pas le travail. Un beau récit, très poétique, typiquement dilliésien.

(Récit complet – Paquet)