Dans un futur proche, tellement proche qu’il en est effrayant…Jean et Thérésa sont invités chez des amis. Ils passent auparavant au supermarché pour acheter un cadeau. Soudain, l’alarme retentit et les clients du magasin sont rapidement réunis dans un auditorium pour leur annoncer qu’une explosion a eu lieu à l’extérieur et que l’abri atomique du centre commercial a automatiquement fermé ses portes. Ils sont enfermés, certes, mais en vie ! Et l’Administration du supermarché a visiblement pensé à tout: chacun reçoit un badge, vêtements, nourriture et boissons sont distribués gratuitement à intervalles réguliers et on enjoint chaque survivant à participer à la bonne organisation de l’ensemble en prenant en charge les différentes tâches nécessaires. Au bout de quelques semaines, les survivants se sont habitués à cette nouvelle vie. Enfin, presque tous. Car des voix commencent à s’élever pour pointer du doigt la corruption des membres de l’Administration (des stocks entiers de nourriture et de produits de luxe ont disparu…) et les méthodes musclées des agents de sécurité, visant plus particulièrement ceux qui émettent des doutes quant à ce nouveau projet de société que l’Administration veut leur vendre…
Shelter Market n’est pas à proprement parler un nouveau récit. Sorti à l’origine au début des années 80 chez Les humanoïdes associés, son autrice, Chantal Montellier, a eu envie de revisiter, pour l’amplifier et le redessiner, ce livre qu’elle trouvait plus actuel que jamais. Difficile de lui donner tort tant les travers décrits dans Shelter Market menace notre société actuelle: hyper-consumérisme, utilisation de l’état d’urgence pour empiéter, de plus en plus, sur les libertés, manipulation des gouvernants, machisme, dérive, sous couvert de prévenir la menace terroriste, vers un état policier, matraquage publicitaire…Une fable politique très sombre et critique qui doit beaucoup à son idée scénaristique géniale (toute cette histoire d’explosion atomique a en fait été inventée afin que des experts puissent, à l’extérieur, via des caméras, observer comment un groupe d’humains condamné à vivre dans ces conditions, en vase clos, réagit et évolue…) mais aussi à son travail graphique vraiment singulier (on comprend mieux pourquoi Montellier a désiré redessiner l’ensemble quand on voit le résultat) qui souligne l’ambivalence du monde dans lequel on vit: si les personnages, gris et figés, ressemblent à des zombis, ils sont constamment cernés de couleurs vives, tape à l’œil, de Ronald Mac Donald joyeux et de Mickey souriants qui les enjoignent à être heureux, à acheter, à consommer malgré la situation dans laquelle ils se trouvent.
Un récit marquant, éminemment politique et choc. Idéal, espérons-le, pour réveiller les consciences. Une belle opportunité, en tout cas, de découvrir le travail engagé de Chantal Montellier, fondatrice, entre autres, du prix Artémisia, qui vise à mettre en valeur le travail des autrices de bd.

(Récit complet – Les impressions nouvelles)