Johnny Bing a été fabriqué en Californie en 2083 dans un but novateur. Doté d’une empathie artificielle nouvelle, le robot a en effet pour mission de vivre la vie des H, de se fondre parmi eux, de travailler pour gagner de l’argent, de socialiser, de détester, d’aimer, pourquoi pas de se marier (les mariages entre un robot et une ou un H sont acceptés). Mais Johnny Bing va tellement se prendre au jeu que sa conscience va, à un moment, échapper à son programme…
Impossible de parler de Les robots aussi croient à l’amour fou sans évoquer sa création ! Les auteurs ont suivi le même modus operandi (il est aussi question d’un serial killer dans le récit…) que pour Konoshiko, sorti en 2012. A partir de nombreuses peintures réalisées, visiblement sans consignes ni directives, par Luc Giard, Jean-Marie Apostolidès a construit ce récit. Il a sélectionné, agencé et mis en relations toutes ces peintures avant d’y ajouter des textes pour qu’elles racontent une histoire. Cette histoire. Et ça marche. Oh, bien sûr l’histoire en question est parfois un brin délirante: la France, victime d’attaques terroristes est en plein chaos, Johnny Bing est en proie à un désir obsessionnel (mais après tout, il n’a fait que ce que l’on lui a demandé: devenir un H!) : des femmes nues, provocantes, ne cessent de défiler dans sa tête, et il finira en sauveur de la France ! Mais je peux vous dire que le défi qui attendait Apostolidès n’était pas simple à relever. Car les peintures de Giard en question (exécutées de façon très directe, elles font souvent penser à de l’art brut) sont très souvent des portraits. Allez raconter une histoire avec ça, vous…
Les robots aussi croient à l’amour fou est un livre étonnant, moins abouti que Konoshiko cependant, qui questionne les codes habituels de la bd (le rapport textes/images, le contrat lecteur/auteur). Une curiosité qui ravira ceux qui aiment la « bd » (entre gros guillemets) expérimentale.

(Récit complet – Les Impressions Nouvelles)