Novembre 2009. Alain Bujac a rendez-vous avec Marie, la doyenne du Camp du rond. Un camp de manouches qui va être fermé. Situé juste à côté d’une base aérienne, le terrain (qui a, de toutes façons, été vendu par l’ancienne majorité à l’Armée) se trouve en Zone A, non-habitable, à cause des nuisances sonores extrêmes. En conséquence, la nouvelle mairie a décidé de construire de nouvelles habitations pour reloger la cinquantaine de familles qui y habite, en concertation avec elles. Pourtant, malgré le confort qu’ils y trouveront, les manouches appréhendent ce départ, craignant de perdre leurs racines et leur liberté…
Alain Bujac s’est rendu plusieurs fois à Mont-de-Marsan entre 2009 et 2015 pour rencontrer les habitants du Camp du rond et discuter avec eux afin de comprendre leurs angoisses liées à leur culture, leur mode de vie, leur identité, qu’ils ont peur d’abandonner en même temps que le camp. Marie et les autres lui ont parlé des relations tendues avec les gadgés qui leur renvoient sans cesse l’image de voleurs de cuivre sales et irrespectueux, du carnet anthropomorphique d’identité mis en place pour les nomades en 1919 (il ne sera supprimé qu’en 1969) et de l’obligation pour eux de le faire signer à chaque déplacement par les autorités locales, de leur culture du dehors et de la ferraille ou de l’importance de la communauté. Il est aussi retourné les voir quand ils ont déménagé au lotissement du Gouaillardet pour recueillir leurs impressions.
Comme dans Le tirailleur (paru chez Futuro également, en 2014), Macola et Bujak entendent, avec Kérosène, aller au-delà des apparences et raconter la « vraie » histoire de ces gens, à qui ils donnent la parole, pour démonter, une fois pour toutes, espérons le!, les stéréotypes qui collent aux gens du voyage. Ils brossent ici, en filigrane, un beau portrait, juste et respectueux, de cette communauté ostracisée de tous temps, à travers cette enquête à la forme originale qui mêle dessins aux crayons de couleurs (la marque de fabrique de Macola) et photos de Bujak.

(Récit complet – Futuropolis)