Frédéric Boilet a un jour décidé de s’installer au Japon, en 1997. Quelques années plus tard, il rencontre Yukiko à un vernissage. Il tombe amoureux et lui propose de la revoir. La jeune femme accepte, même si elle a des vues sur un autre homme, Horiguchi, que l’auteur connaît aussi. Mais Hariguchi sera absent pendant 10 jours. Boilet propose alors une parenthèse amoureuse (et sexuelle!) à Yukiko. 10 jours pendant lesquels ils s’embrassent, se découvrent (notamment le fameux épinard du titre…), font l’amour. Et 10 jours pendant lesquels l’auteur dessine son amante, sous toutes les coutures, et se dessine aussi, en train de la caresser et de lui donner du plaisir…
Sorti initialement en 2001 chez Ego Comme X en France, L’épinard de Yukiko est ensuite reparu dans de nombreuses versions différentes et dans 7 autres langues. Les Impressions Nouvelles proposent ici une sorte de version définitive de cette œuvre atypique puisqu’elle reparaît pour la première fois dans sa version originale sous-titrée en japonais, entièrement revisitée par l’auteur qui a ajouté, pour l’occasion, 8 planches supplémentaires et des esquisses en bonus. Atypique dans le fond, car L’épinard de Yukiko n’a pas de scénario à proprement parler. Et pour cause, Frédéric Boilet ne savait pas où le récit allait l’emmener puisqu’il raconte une histoire d’amour, son histoire d’amour avec Yukiko, et qu’il nous montre le récit en train de se faire en même temps que l’histoire elle-même. Et bien sûr, quand l’histoire s’arrête cela signifie la fin du récit. Enfin presque, puisque grâce à un tour de passe passe, Boilet le prolonge ici de 8 planches. Et atypique dans la forme, avec ce style photographique (Boilet travaille à partir de clichés ou de vidéos), qui est un peu devenu la marque de fabrique de l’auteur. Des crayonnés fins rehaussés de lavis de gris informatiques très réalistes qui nous donnent l’illusion que c’est bien la vie qui se raconte sous nos yeux, que c’est bien Yukiko que Boilet est en train d’admirer et caresser. Rarement mensonge n’aura paru aussi vrai en bande dessinée !

(Réédition revisitée – Les Impressions Nouvelles)