C’est la première fois que Kokor et Rabaté s’associent pour travailler à un récit. Et on se demande bien pourquoi ils n’en avaient pas eu l’idée avant, tant cette collaboration semble naturelle et évidente. La poésie de l’un, la singularité de l’autre: oui, ces deux-là étaient faits pour artistiquement se rencontrer. Alexandrin, dont le scénario semble avoir été écrit sur mesure pour Kokor, en est la preuve éclatante.
Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied ne plaira pas aux gens blasés, aux hommes pressés, ni à ceux qui voudraient une société bien calibrée. C’est un hymne à l’oisiveté; un appel à contempler le monde qui nous entoure et sa beauté qui peut jaillir ici ou là sans crier gare; une ode à la poésie et à la différence. Alexandrin, le personnage, est tout cela à la fois. C’est un poète qui va de ville en ville et vend le fruit de son travail, des vers à pied donc, à qui est intéressé, pour survivre. Habitué à déambuler seul, il prend pourtant sous son aile un jeune garçon qui a fait une fugue et partage avec lui sa gamelle ainsi que sa philosophie de vie. Ils vont faire un bout de chemin ensemble. De belles rencontres aussi.
Vous l’avez compris, ce récit est complètement décalé. Décalé par rapport à la bande dessinée actuelle (en tout cas par rapport à 95% de la production), Rabaté s’amusant ici à ne faire parler Alexandrin qu’avec des rimes, et ce du début à la fin ! Pas très à la mode tout ça…Et décalé par rapport à notre société actuelle qui ne nous parle que de rentabilité, d’argent, d’économie et de travail. Voilà pourquoi on adore Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied, récit certes simple mais tellement rafraîchissant! Espérons qu’il y ait beaucoup d’autres rencontres magiques comme celle-là entre Kokor et Rabaté !

(Récit complet – Futuropolis)