Signature chez Matador, premier album adoubé par la critique, couverture du numéro de Juillet/Août de New Noise : on était curieux de découvrir par nous-mêmes les raisons de ce buzz autour de ce groupe post-punk américain. Enfin, c’est en tout cas comme cela que le groupe est généralement présenté. Mais l’écoute de The Underside Of Power démontre que l’étiquette est bien trop réductrice. Car si Death March rappelle bien Joy Division et si Animals lorgne du côté d’un synth-punk décalé qui finit dans la folie, l’album est également largement ouvert au jazz, au hip hop (flagrant sur le morceau d’ouverture Walk Like A Panther), au gospel (Cry Of The Martyrs), à la soul (le très Temptations The Underside Of Power), au blues et à l’électro. Façon pour le groupe de rendre hommage à la communauté afro-américaine et à son héritage musical. Mais aussi politique, culturel ou autre. Et si à la première écoute, l’album paraît un peu hétérogène, voire décousu, on se rend compte par la suite que ce qui lie tous ces morceaux, c’est ça : cet engagement politique, très présent dans la forme donc mais aussi dans le fond. La voix samplée du Black Panther Fred Hampton qui ouvre l’album annonce d’ailleurs la couleur : du début à la fin, les textes de Franklin Fisher (dont la famille était très engagée dans la lutte des afro-américains pour les droits civiques) pointent du doigt racisme, discriminations, intolérance et nouveau fascisme façon Trump pour, au final, rappeler les injustices et les discriminations dont les afro-américains ont souvent été victimes dans l’histoire américaine. La démarche est plus que louable et l’univers d’Algiers très personnel mais on pouvait se demander si musicalement le groupe parviendrait à capter l’attention tout au long des 13 morceaux qui composent The Underside Of Power… Il semblerait que oui puisque l’on revient très souvent vers cet album depuis qu’on l’a découvert… Le chant de Fisher, habité (il vit littéralement ce qu’il chante), n’y est pas pour rien !

(Album – Matador)