Grâce à de la chance, un grand sens de la débrouille et quelques plans pas très réglos, Paco les mains rouges est toujours en vie au bagne de Guyane. Mais quand Armand, après sa tentative d’évasion, est condamné à 2 ans de réclusion sur l’île de Saint-Joseph, surnommée la mangeuse d’hommes, Paco est aussi touché que si c’est lui-même qui avait été condamné ! Alors il décide de s’arranger pour se faire muter là-bas aussi pour se rapprocher de celui qui avait été son amant le temps d’une nuit, à l’hôpital, pour ainsi pouvoir l’aider, comme il le peut, en lui faisant, par exemple, passer des aiguilles et de l’encre pour qu’il tue le temps…
Paco continue donc de raconter ses années de lutte, de souffrances mais aussi d’amour à la fille de Célestine. Car Paco les mains rouges, s’il nous plonge, de façon aussi marquante que crédible (Vehlmann s’est visiblement beaucoup documenté sur le sujet, disséminant ici ou là dans le récit des effets de réel -les tatouages des forçats et leur signification, la hiérarchie parmi les détenus, les mômes que les caïds prenaient sous leur aile en échange de leurs faveurs sexuelles, les magouilles organisées par les gardiens pour mettre du beurre dans les épinards- pour donner des allures de documentaire au diptyque) dans cet univers carcéral aussi improbable que violent de Guyane du début du XXème siècle, est avant tout une histoire d’amour. Une histoire d’amour inattendue, dans un contexte plus que particulier, entre 2 hommes, 2 détenus. Une histoire d’amour qui permit à Armand de survivre à la mangeuse d’hommes puis de rentrer, avec Paco, à Cayenne et de s’y trouver une petite vie tranquille.
Un très beau récit, superbement illustré par Sagot, dont on découvre le travail avec ce diptyque: un dessin très stylisé (à la façon de Brüno), influencé par l’Art naïf et des couleurs sépia qui nous donnent l’impression de feuilleter, en même temps que Paco, un vieil album de photos en noir et blanc. En bonus, on trouve un cahier graphique très fourni, avec recherches de personnages, notes et extraits de story-board qui permet de prolonger le plaisir !

(Diptyque – Dargaud)