Chine, pendant la révolution culturelle. Ma et Luo sont 2 adolescents dont les parents sont des « bourgeois réactionnaires ». Ils ont donc été envoyés à la montagne pour être rééduqués. Là, leur quotidien se résume le plus souvent à de longues journées passées dans les boyaux de la mine à piocher, racler et ramper. Un jour, ils découvrent que le Binoclard, un autre rééduqué, a réussi à faire entrer, en cachette bien sûr, des romans. Alors que tous les livres ont été brûlés par Mao Zedong et sa clique…Alors, juste avant son départ, Ma et Luo décident de lui voler quelques uns de ses romans…
Freddy Nadolny Poustochkine est directeur artistique et producteur de films, asiatiques essentiellement (il réside une bonne partie de l’année au Vietnam, d’ailleurs). Voilà pourquoi il sort peu de bandes dessinées, Balzac et la petite tailleuse chinoise étant seulement sa troisième œuvre. Un roman graphique qui a beaucoup de points communs avec son prédécesseur, le très marquant La colline empoisonnée. On retrouve en effet ici ce très joli travail graphique, un trait au pinceau rehaussé d’aquarelles très fin et subtil, très asiatique et cette mise en page libre (pas de cases ici…). Cette narration qui prend son temps (elle court sur plus de 300 pages) pour sonder la psychologie des personnages, leurs douleurs, leurs fantasmes, leurs espoirs. Enfin, cette même volonté de dénoncer les dictatures en tous genres. Avec, au cœur de ce récit, le livre, comme dernier rempart contre l’ignorance et la barbarie. Comme moyen de s’évader de la réalité pour résister aux plus pénibles châtiments, aux pires atrocités aussi. Comme véhicule de la volonté de vivre, de désirer, d’aimer.
Un joli récit (pas aussi fort que La colline empoisonnée cependant), intimiste et subtil, qui nous parle des rêves de l’adolescence, d’Amour, de séduction mais aussi d’émancipation féminine en pleine révolution culturelle chinoise. Un bel hommage à la magie et à la puissance de la littérature.

(Roman graphique – Futuropolis)