Après un cauchemar lui ayant fait entrevoir sa mort prochaine, un commerçant arabe décide de franchir le pas: il va prendre le bateau pour aller vivre dans le riche pays voisin. En chemin, accablé par la chaleur, il s’arrête pour se baigner dans l’eau rafraîchissante d’une rivière. Nu, il croise alors le regard amusé par ce spectacle d’une femme voilée qui s’empresse de s’enfuir. L’homme, vexé, décide de retrouver l’impudente au hameau voisin, avant de tomber sous son charme. Il lui propose alors de prendre la route avec lui. Le trajet va lui permettre de découvrir l’histoire tragique de cette femme mystérieuse et comprendre pourquoi sa main est amputée de ses 5 doigts…
Et oui, il y a maintenant de la couleur chez Nicolas Presl. Pour la première fois. Mais n’allez pas croire qu’il s’agit là d’une révolution pour autant. Car on retrouve, mis à part cela, tout ce qui fait la singularité de l’univers de cet auteur. A commencer par sa narration, toujours muette, qui propose une lecture forcément différente au lecteur, obligé d’être plus attentif à ce que les cases ont à proposer. Mais aussi son dessin très personnel, reconnaissable entre mille, que l’on a pu qualifier de « cubiste » à cause de ses visages, souvent dessinés de profil, aux nez allongés et aux formes carrées.
Avec Levants, Nicolas Presl nous embarque une nouvelles fois, avec talent, dans l’une de ses histoires dont il a le secret. Patiemment (le livre, un petit format à l’édition superbe, est un bon pavé…), et avec beaucoup de pudeur et de sensibilité (Levants, qui se passe au moyen-orient, emprunte la construction gigogne des Mille et une nuits et utilise, notamment, une chanson traditionnelle, dont les couplets s’imbriquent adroitement, à intervalles réguliers, dans le récit, pour suggérer sentiments et désirs des personnages principaux), l’auteur explore la relation, compliquée par le contexte patriarcale de ce pays musulman, qui se noue entre la femme à la main amputée et le commerçant et explore, au passage, des thèmes comme la complexité de l’Amour, la véritable dictature qu’est la religion dans certains pays musulmans ou la situation des femmes dans ces pays et les obstacles qu’elles rencontrent face à leur désir d’émancipation et de liberté.
Un récit toujours aussi enthousiasmant, critique et superbement dessiné: les motifs orientaux des tapis ou les détails architecturaux sont superbes!

(Roman graphique – Atrabile)