Le tome d’ouverture de Shi a visiblement été un gros succès public (plus de 20 000 exemplaires vendus) et critique. Ce n’est pas vraiment une surprise pour nous: que voulez-vous, en effet, qu’il arrive d’autre quand vous faîtes se rencontrer l’un des meilleurs scénaristes actuels, Zidrou, dont l’inspiration n’est, apparemment, pas prête de se tarir et Homs, qui a impressionné tout son monde avec son dessin, sur Millénium par exemple, aussi puissant qu’expressif. Et pour tout dire, on est aussi rassurés de voir que ce genre de série, intelligente, ambitieuse et critique, peut encore trouver un public assez large.
L’idée centrale de la série ? La vengeance. Et l’utilisation, parfois nécessaire, de la violence pour faire avancer les choses. La vengeance de femmes pour être précis. De Kita et Jennifer, en premier lieu, dans l’Angleterre victorienne, période qui vit le « monde régner sur la femme », condamnée à obéir à son mari, régulièrement abusée sexuellement, dont le rôle était surtout d’enfanter puis d’élever. Une condition contre laquelle les 2 jeunes femmes ne peuvent faire autrement (l’une a été placée de force dans un bordel et l’autre mariée, contre sa volonté, à un révérend qui représente tout ce qu’elle déteste) que s’élever. Mais aussi de Lakshmi Shankar, résolue, de nos jours cette fois, à lutter contre tous les Lionel Barrington du monde, fabricants d’armes qui répondent ne pas être responsables de l’utilisation que font leurs clients des mines antipersonnels qu’ils leur vendent. Ou encore de ces autres mères qui punirent ces docteurs américains qui inoculèrent sciemment la syphilis ou la malaria à des bébés au Guatemala (l’histoire est véridique!) après la seconde guerre mondiale sous prétexte de les vacciner. Autant de femmes qui appartiennent à la même mystérieuse organisation, Shi (le signe de la mort en japonais), depuis plus de 150 ans !
Vous l’avez compris, en plus de proposer une narration captivante qui multiplie les allers et retours entre époque victorienne et présent, la série se montre très critique envers nos société occidentales, encore très patriarcales !, et à la façon dont elles traitent les femmes depuis si longtemps. Shi rappelle aussi, au passage, en faisant jouer le rôle de vengeresses et de rebelles contre l’establishment par des femmes que la femme est bien l’avenir de l’Homme. Et comme le tout est mis en images par un Homs au sommet de son art, on comprend pourquoi on tient là l’une des très bonnes séries actuelles !

(Série divisée en cycles de 4 tomes – Dargaud)