Denis Robert et Laurent Astier peuvent enfin faire apparaître le nom « Clearstream » sans trembler sur la couverture de leur livre et même reproduire fièrement les arrêts de la cour de cassation du 3 février 2011 qui reconnaissent « le sérieux et l’intérêt général » des enquêtes de Robert et rejettent définitivement les plaintes de Clearstream à son encontre ! Non seulement la justice admet implicitement que les révélations de notre homme au sujet des malversations financières au sein de la « banque des banques » sont fondées mais elle demande aussi à la cour d’appel de Lyon de statuer sur la demande d’indemnisation de son préjudice de Denis Robert.
Alors, victoire sur toute la ligne pour Robert et le journalisme d’investigation et fin de l’affaire Clearstream ? Pas tout à fait…Car ce serait oublier l’autre aspect de l’affaire, que l’on appelle parfois « Clearstream 2 » et qui occulta pendant longtemps (c’était d’ailleurs certainement l’un des buts recherchés…) la « vraie » affaire en faisant fantasmer médias et opinion publique avec ces noms -Strauss-Kahn, Sarkozy, Chevènement- soudainement brandis et envoyés par un corbeau à un juge. Les 2 auteurs reviennent donc, dans ce troisième tome, sur l’histoire de cette manipulation devenue véritable affaire d’état quand les juges comprirent que l’on y croisait, entre autres, des membres des services secrets (le général Rondot), des dirigeants d’Eads (Philippe Delmas, Jean-Luis Gergorin), un premier ministre (De Villepin) et un ministre de l’intérieur candidat à la présidence (Sarkozy).
S’ils délaissent cette fois les zones d’ombre de la finance internationale, Robert et Astier utilisent cependant le même dispositif que pour les 2 premiers tomes alliant clarté et pédagogie des explications et narration enlevée digne des meilleurs polars. Chasse au corbeau, règlements de comptes politiques, luttes d’intérêt au sein d’Eads ou des services secrets se mêlent ainsi au combat quotidien de Robert (que l’on voit se battre contre les innombrables plaintes -à Genève, au Luxembourg, à Chypre ou Montréal- de Clearstream ou pour faire tourner la maison quand sa femme est à l’hôpital pour soigner un cancer) pour faire éclater la vérité dans « Clearsteam manipulation » qui parvient, grâce au découpage étonnamment fluide d’Astier et à quelques belles trouvailles graphiques (la taupe, l’hydre capitaliste…), à être aussi éclairant que passionnant.
Suite et fin avec le tome 4, qui ne sortira cependant pas avant l’automne, où l’on saura si le juge suit, dans son verdict, le réquisitoire de l’avocat général (15 mois de prison avec sursis pour De Villepin pour « complicité de dénonciation calomnieuse » et 30 mois d’emprisonnement pour Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud ) du 23 Mai dernier.

(BD – dargaud)