J’aimerais vraiment être une petite souris pour pouvoir voir la tête que les amateurs de bd qui ne connaissent pas du tout l’œuvre de Marc-Antoine Mathieu vont faire en ouvrant son nouveau livre…Ils risquent d’être assez déstabilisés, voire de ne pas comprendre grand chose… Il faut dire que notre homme s’est de nouveau lancé dans un de ces projets bien singuliers dont il a le secret: imaginer des couvertures de livres qui n’existent pas. Le livre des livres n’est donc constitué que de cela: 26 couvertures (cartonnées, car l’édition est super belle, Delcourt ayant suivi l’auteur à fond dans son projet). Comprenant chacune, bien sûr, un titre, un nom d’auteur, un éditeur et une illustration. Chaque couverture est accompagnée, sur la page de gauche, de sa quatrième, proposant, comme le font traditionnellement les livres, un résumé de l’intrigue ou un extrait du récit. Le tout devant permettre au lecteur de se projeter dans le livre potentiel, d’imaginer ce qu’il va pouvoir y trouver…ou non. Pour ce faire, l’auteur n’a pas beaucoup de marge de manœuvre. Mais en jouant, avec talent (et grand plaisir), sur les attentes créées par les noms des auteurs (à chaque fois des anagrammes de Marc-Antoine Mathieu), comme Hanna Morte-Maïeutic ou Anicet Hiémon-Trauma, sur la police d’écriture des noms des maisons d’éditions (on reconnaît notamment Futuropolis, L’Association ou Le livre de poche) ou le titre, il parvient à suggérer ce que l’on trouverait si l’on tenait effectivement le livre en question entre les mains. Ironique, hermétique, métaphysique, étrange ou manipulatrice: chaque couverture est avant tout l’occasion pour Mathieu de se lancer un défi OuBaPien et de s’amuser avec mots et images. Et de rendre hommage à ses maîtres de l’absurde, de la poésie, de l’imaginaire et du surréalisme, parmi lesquels on peut citer Ionesco, Borges, Kafka ou encore Perrec.
Il n’y a que lui pour sortir ce genre d’O.D.N.I., d’objet dessiné non-identifié: Marque en toi « âne » ! Mate, yeux (ça, c’est juste pour prouver que j’ai relevé le défi de retrouver les noms des auteurs qui se cachent dans la quatrième de 4367 auteurs en quête de lisibilité de Tatiana Mouchermine!) et thune ique ! C’est pour cela que son travail nous enthousiasme tant.

(Recueil de couvertures imaginaires – Delcourt)