Ubuesque. L’adjectif est désormais passé dans la langue française. C’est peut-être le plus bel hommage qui pouvait être rendu à Jarry, inventeur de mots et apôtre de l’absurde. Avec le bien-nommé Merdre, Rodolphe et Casanave reviennent sur la vie, haute en couleurs, de l’auteur de Père Ubu, qui avait fini, l’alcool aidant (Jarry carburait, entre autres, à la « sainte herbe », entendez à l’absinthe…), par devenir, peu à peu, son personnage fétiche et à mettre en scène sa vie. Par originalité ? Par provocation ? Un peu des 2 car Jarry ne détestait pas le scandale. On le suit donc ici juché sur sa Clément Lux 96, une bicyclette de course sur piste qu’il ne paya jamais (notre homme était criblé de dettes et passait une bonne partie de son temps à fuir ses créanciers), occupé à rejoindre ses amis écrivains, Mathilde et Alfred Vallette, dans leur phalanstère de bord de Seine, à inventer la pataphysique, à aller écluser des absinthes avec Apollinaire ou à travailler sur une relecture délirante de la Passion du Christ. Tout en dégainant son revolver à la moindre occasion (ce qui, vous vous en doutez, effrayait tout le monde) et en donnant du « bouffremerde » ou du « cornegidouille » à qui mieux mieux…
Une évocation ébouriffante et surréaliste, à l’image de la vie et de l’œuvre du Père Ubu, pardon de Jarry, très inspirée signée Rodolphe et Casanave, qui nous permet de découvrir la personnalité totalement hors normes de ce personnage complètement cintré…

(Récit complet – Casterman)