Et voilà qu’en attendant une très hypothétique remise en service de Fugazi, le charismatique chanteur-guitariste du groupe de DC et l’ancienne batteuse des Warmers nous proposent la suite du disque éponyme sorti en 2004. Les bases étaient posées et la formule ne change guère ici : Ian Mackaye et Amy Farina continuent de nous dévisager de leurs yeux bleus troublants. Le groupe jouait déjà certains titres de ce « get evens » lors de leur tournée européenne l’année dernière (« everybody knows », « all you find you keep »). La seule variante vient de l’enregistrement qui a été fait à la maison plutôt qu’aux habituels Inner Ear Studios, ce qui ne change en réalité pas grand chose. On retrouve donc cette musique quasi-acoustique, menée par les voix des deux protagonistes. Au programme de cet album, une batterie toujours aussi minimaliste, une complicité entre les voix toujours aussi touchante et des mélodies de guitare baryton ne pouvant faire oublier l’évidente connexion avec Fugazi. Mais ici, point de déluge sonore, l’option est prise. Les concerts se feront assis et les voix resteront délicates. Alors, les connaisseurs en musique acoustique, folk ou pop, reconnaîtront la limite du duo en formule réduite — les racines hardcore manquant un peu d’ouverture — mais difficile de résister au charisme du duo. Certes, musicalement, le spectre de The Evens manque toujours un peu d’envergure, mais sur le pan émotionnel, les deux ont encore des droits à faire valoir. Et si l’album peut demander plusieurs écoutes, les tubes ne tarderont pas à devenir indispensables à qui sera les découvrir. Les mélodies sont subtiles, les refrains accrocheurs, les paroles censées, et, même si cet album reprend les choses là ou le précédent les avait laissé, sans vraiment aller plus loin, nous ne bouderons pas notre plaisir de retrouver le touché si particulier de Ian MacKaye (désolé pour Amy qui nous gratifie de sublimes vocaux) sur 10 nouveaux morceaux. La patte du maître est bien présente.

(Album – dischord)