Difficile de parler d’un nouvel album de Fugazi, d’autant plus quand il s’agit de l’un des albums les plus surprenant du groupe depuis ses premières réalisations punk, à la fin des années 80. Je ne vais pas faire le coup de la grosse surprise, ceux qui suivent le groupe depuis le début savent bien que Fugazi cherche de nouvelles pistes depuis maintenant deux albums (trois en comptant la B.O. du film « Instrument« ). De plus en plus éloigné du hardcore émotionnel dont il est le précurseur, le mythe de Washington DC tire toujours un peu plus loin son public, sans prendre garde à ceux qui ne suivent pas. Et pour ce nouvel album, ces derniers risquent d’être de plus en plus nombreux. Pourtant Argument est encore une fois un grand album, mais un cap est une nouvelle fois franchi. Ceux qui attendaient impatiemment un retour vers les origines ne peuvent qu’aller se consoler avec le 7′ Furniture sorti en même temps qu’Argument. Car avec ce septième album (si on ne compte ni les deux premiers maxis, ni Instrument), Fugazi s’attaque encore un peu plus à la pop music. Le chant de Ian McKaye sur le premier titre (« Cashout« ) ne me fera pas mentir. Et le groupe utilise dorénavant une grande quantité d’effets, ce qui transforme encore l’approche brute qui faisait la réputation du groupe. Résultat, les fans de la première heure crient au scandale… Et nous ne pouvons nier que le génie de Repeater est bel et bien du passé. Mais si, à la première écoute, j’ai aussi eu du mal à m’y retrouver, après plusieurs passages, je suis enfin rentré dans cet album. La pop psychédélique de « Life and lime » touche et devient rapidement un moment important du disque. Les harmonies sont de toutes beautés. Certes, on ne parle plus du Fugazi de Blueprint, Repeater ou Great Cop, mais peu importe. Et la nouveauté passée, on retrouve tout de même un Guy Picciotto tout excité sur « Full Disclosure », typiquement plaintif sur « Oh », ou un Ian Mackaye traditionnel sur « Epic Problem » et « Ex-Spectator ». Tous ces titres vont devenir des hits comme le furent, avant eux, ceux des pourtant surprenants albums « End Hits » et « Red Medecine ». Maintenant, nous ne pouvons nier qu’Argument a du mal à tenir le rythme jusqu’au bout. L’inspiration vient notamment à manquer sur « Kill » ou « Strangelight« . Le reste navigue parfois à la limite du raisonnable… Entre génie fugazien et essais parfois trop classiques. Je ne parle pas de l’arrivée de Jerry Busher à la seconde batterie, qui ne change en réalité pas grand-chose, mais de certaines lignes de voix, ou de certains effets inutiles. Ces derniers montrent que si Fugazi possède encore tout son talent, ils semblent parfois avoir du mal à trouver un nouveau chemin pour se surprendre encore, sans se perdre. Cela étant dit, ce disque tourne encore une fois régulièrement sur ma platine, et malgré ces quelques critiques, je suis à nouveau sous le charme. Malheureusement, je sais que certains arrêteront, eux, leur voyage ici.

(Album – Dischord)