Je profite de l’acquisition de la version vinyle (sortie chez Corleone rds) de ce premier album de Red Eyed Legends pour revenir sur ce disque merveilleux (dont la version CD est sortie l’année dernière chez File13). En effet, il était impossible de ne pas parler de ce Wake Up Legend, lancé comme un appel à la révolte, un coup de pied dans la fourmilière endormie du rock indépendant, une claque sans appel. Derrière cette attaque en règle, les spécialistes ne seront pas étonnés de retrouver Chris Thomson, vieux bourlingueur du milieu punk/noise depuis les années 80, d’abord dans Ignition, en tant que bassiste, puis en tant que meneur de jeu dans Circus Lupus, Skull Control et Monorchid. Ceux qui l’ont déjà entendu connaissent son style sans compromis, hargneux comme un punk anglais (bien qu’américain), direct, rêche comme un grattoir, inimitable. Le bonhomme marque tout ce qu’il touche, avec ce timbre particulier, et Red Eyed Legends ne fait pas exception. Leur rock se veut primaire, primitif même, débarrasser de tout superflu. Pas d’effets de manche ni de production dégoulinante, le groupe reprend les choses à la base, en complet décalage avec leur époque, et ça ne peut que faire du bien. Souvent basées sur un riff minimaliste de guitare (tous plus démoniaques les uns que les autres) ou quelques notes d’orgue Farfisa, les compos se limitent au plus stricte minimum, comme pour mieux en saisir l’essence. Pas de maquillage pour se cacher, le propos se doit d’être juste, unique. On retrouve dans la guitare de Kiki Yablon, la dernière recrue venue du groupe garage The Dishes, le spectre de Poison Ivy des Cramps, cette même façon de rendre génial deux notes jouées tout au long d’un morceau. Dès le premier titre, merveilleux, on sait que le groupe vient de sortir un album grandiose. De ceux qui ne s’embarrassent pas, de ceux qui savent frapper juste, de ceux qui marquent sans vraiment savoir pourquoi. A partir de quelques gouttes de post-punk, de noise et de garage, le quatuor arrive en 29 petites minutes à me refaire croire que certaines choses sont encore possibles en 2009. Une mixture personnelle, sincère, simple, hargneuse et habitée. Tout ce que j’attendais depuis longtemps ! Dommage que leur nonchalance (peu de live, peu de disques, etc.) risquent de laisser ce trésor enfoui pour beaucoup (d’autant plus que le groupe annonçait sur son site son DERNIER concert pour le 25/07/2009)…

PS : Côté présentation, le vinyle sorti chez Corleone est présenté dans un carton sérigraphié, envellopé dans une feuille de calque, elle aussi sérigraphiée. De plus, le vynile est en couleur.

(LP – corleone / file 13)