LOW
you may need a murderer

(Soul Mining / Differ-ant)

On peut dire que ce documentaire de soixante-dix minutes est assez exceptionnel car ce n'est sans doute pas tous les jours qu'Alan Sparhawk et Mimi Parker osent se dévoiler de la sorte. David Kleijwegt, documentariste hollandais, a eu le privilège de passer trente jours avec le groupe, avec la famille -les deux ne faisant qu'un-, les filmant sur scène et dans leur vie de tous les jours. At home with Low ! Ou comment partir à la découverte d'un groupe atypique pour mieux le comprendre et essayer de capter son essence.
Bienvenue à Duluth, Minnesota, le Tombouctou de l'Amérique ! Ville paisible, calme et endormie qui pourrait à elle seule cristalliser l'immobilisme, la décrépitude et l'effondrement d'un pays tout entier. Sans noircir le tableau, Alan Sparhawk ne manque pas de poser son regard réaliste sur la situation de son pays. Lui, qui a grandi dans un petit village complètement paumé de ce même état. Là où l'alcool et les drogues vous évitent de vous sentir trop seul, trop perdu. Là où tenir une guitare et la musique vous sauvent de la mort. Le film commence dans la forêt, Alan, borderliner né, y chante 'pretty people' a cappella, les pieds dans l'eau d'un ruisseau qui nous caresse de ses mélodies fluides. Les images donnent le ton. L'homme, spirituel de nature, captive et intrigue. On sait déjà que l'on va aller à la rencontre d'un homme plutôt qu'à la rencontre d'un chanteur de rock. Simple mais torturé, généreux mais mystérieux, Alan Sparhawk est un mari, un père de famille, un fidèle à l'esprit très ouvert (?) de l'Église Mormon. C'est un homme qui philosophe, qui n'a de cesse de se plonger dans la musique, dans les mots comme pour mieux survivre. Il connaît Mimi depuis l'âge de neuf ans. Ils ont deux enfants, Hollis et Cyrus. C'est Alan qui a poussé Mimi à chanter, à s'occuper des percussions, à s'investir dans ce groupe si singulier mais au combien extraordinaire et touchant. La caméra se pose dans leur maison: maman est en haut à faire la cuisine, papa est au sous-sol en train de jammer près de la machine à laver. La caméra est aussi là, sur scène, avec ces extraits du dernier album en date 'drums and guns', avec des chansons comme 'dragonfly' d'une intensité émotionnelle rare. Le documentaire n'est pas un road-movie ni un film sur Low en coulisses ou encore moins une simple interview. C'est une rencontre durant laquelle il est question, de musique, de religion, de violence, de problèmes de conscience, de folie, d'amour, de VIE. Sans être construit comme un puzzle, le film dessine les contours d'un portrait aux lignes pourtant dures à relier.
'You may need a murderer' est un peu dans l'esprit d''Instrument', le film de Jem Cohen sur Fugazi. Monté avec sobriété et efficacité, il est intimiste tout en respectant les distances. Il interpelle plus qu'il n'explique. Ce qui fait, qu'après deux visionnages, vous avez toujours plus envie d'y retourner dans le but de mieux percevoir les choses tout en vous faisant plaisir. Car ce film remue dans un sens émotionnel et intellectuel positifs. Là où le documentaire est encore très louable c'est qu'il est à l'image de ce que Low est. On peut même se demander si le rendu de ce séjour avec la famille n'est pas en soi plus énigmatique que les productions musicales du couple. Rigoureusement fascinant de par un travail photographique très esthétique, le film se déroule à la vitesse d'une chanson de Low. Limpidité et mise en profondeur. Quand Mimi et Alan sont côte à côte, assis sur leur sofa, pour reprendre 'I started a joke', on est scotché ! Pareil lorsqu'Alan revient sur son passage en hôpital psychiatrique ou lorsqu'il tente d'élucider les paroles de 'murderer' (dont est tiré le titre de ce film) .... j'en passe bien sûr. On regrettera l'absence totale dans ce film de Matt Livingston, le bassiste du groupe. Son implication dans la formation ainsi que son regard sur celle-ci auraient pu être intéressants. A noter que le dvd ne contient pas de sous-titres, genre 'get English or die !', mais que pour se rattraper il propose en bonus une partie audio de six morceaux exclusifs à l'acoustique...a good reason to get high on Low ! :-)
Plus qu'un dvd musical basique, ce documentaire est une perle qui fascinera les disciples comme les infidèles. Brillant et passionnant !
[chRisA]

 

site internet : www.myspace.com/soulmining1