Le petit bleu de la côte ouest
Manchette/Tardi
les humanoïdes associés
George Gerfaut roule à 145 km/h sur le périphérique. Il a bu cinq verres de bourbon et avalé deux barbituriques. Il est deux heures et demie du matin. Rien n'a changé dans sa vie de cadre commercial malgré ce qu'il vient de vivre. Et c'est peut-être ça le pire.
A peu près un an auparavant, alors qu'il roulait de nuit en direction de Troyes, 2 voitures l'avaient doublé à très vive allure. Quelques kilomètres plus loin, il avait retrouvé le conducteur de l'une d'entre elles, troué de plusieurs balles, sur le bas côté. Il l'avait secouru puis l'avait déposé à l'hôpital. C'est là que tout avait commencé : ces deux armoires à glaces qui allaient bientôt tenter de le noyer et qui ne le lâcheraient plus…
Sombre et violent, voilà ce que l'on pourrait commencer par dire de ce "Petit bleu de la côte ouest" qui laisse le lecteur groggy, sonné, la dernière page tournée.
Comme à son habitude, Tardi met en scène un héros des plus banales. Un gars un peu paumé, fatigué de la vie, qui se retrouve harcelé, traqué et doit s'enfuir puis se battre pour survivre. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il adapte un roman de Patrick Manchette (ils avaient collaboré sur "Griffu" ,sorti chez Casterman à la fin des années 70) et on comprend mieux pourquoi. L'univers du romancier lui va comme un gant. Son noir et blanc sobre et brut est le pendant dessiné rêvé au style sec et sans fioritures de Manchette. Et l'on sent que la critique sociale présente en filigrane dans "Le petit bleu" n'est pas pour lui déplaire.
Une réussite qui en appelle d'autres puisque le dessinateur a prévu d'adapter deux autres romans de l'écrivain. Pour notre plus grand plaisir !

[sullivan]

 

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