Les mauvaises gens
Davodeau
delcourt

Après la réussite de "Rural", sorti dans la même collection en 2001, Davodeau poursuit son exploration du documentaire dessiné. Avec toujours autant de succès. Notre auteur avait, avec "Les mauvaises gens", envie de rendre hommage aux militants des Mauges (région du sud Maine-et-Loire, aux portes de la Bretagne) en partant d'exemples concrets. Il revient donc dans les villages où sont nés Maurice et Marie-Jo et leur laisse la parole pour qu'ils racontent leur parcours. Avec eux, il revient sur leur jeunesse : comment ils ont grandi dans cette région où la religion était tellement présente que les écoles publiques fermaient par manque d'élèves ; la simplicité de leur vie d'alors, les études écourtées par manque de moyens financiers des parents, les messes, les communions... Puis, très tôt, à l'âge de 14 ans pour être précis, Maurice et Marie-Jo durent trouver un travail pour aider leurs familles : ce sera la mécanique pour lui et l'usine de chaussures pour elle. Et, avec la vie active, la découverte de tâches pénibles et de conditions difficiles. Face à cela, l'un et l'autre ne mirent pas longtemps à contribuer à la création de formations syndicales pour défendre les droits des ouvriers, encadrés par ces surprenants prêtres ouvriers, une particularité des Mauges. Nous sommes au milieu des années 60 et la grande histoire syndicale peut alors commencer.
Davodeau sait mieux que quiconque que si le reportage a l'avantage d'apporter un matériau réaliste et fort, il peut avoir l'inconvénient de paraître un peu austère, un brin distant. D'où son choix narratif de mettre en scène ses rencontres avec Maurice et Marie-Jo pour discuter de leurs vies de militants mais aussi du livre lui-même : ce qu'il promet de ne pas mentionner, ce dont il ne peut pas parler, etc. Mais LA grande idée de ces "Mauvaises gens", c'est bien, pour l'auteur, de raconter l'histoire de ses propres parents. Il avait là un matériau riche à portée de main : il aurait été dommage de ne pas en profiter.
Du coup, le livre, s'il est un vibrant hommage à tous les militants de la cause ouvrière et aux avancées sociales que leurs difficiles et âpres batailles ont permis d'obtenir petit à petit, est également l'occasion pour Davodeau d'exprimer sa fierté à ses parents. De plus, "Les mauvaises gens" arrive à point nommé pour rappeler, à ceux qui parlent actuellement de revenir sur le code du travail, que ces acquis sociaux ont été souvent conquis dans la douleur (certains y ont d'ailleurs laissé la vie) et qu'ils sont le résultat de plus de 40 ans de lutte. Un salutaire devoir de mémoire !

[sullivan]

 

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