| |

|
Monsieur
Mardi-Gras Descendres T.4 : Le vaccin de la résurrection
Liberge
dupuis
4 ans! Cela faisait 4 ans que l'on attendait la fin de ce thriller métaphysique.
4 ans à se demander comment la saga de Victor Tourterelle, rebaptisé
Mardi-Gras Descendres à sa mort, allait se clore. Pointe noire
ayant été obligé de fermer boutique juste après
la parution du troisième et avant-dernier tome ("Le pays des
larmes"), notre héros bien malgré lui, se retrouvait
coincé au purgatoire espérant qu'un autre éditeur
se décide à le sortir de ce mauvais pas. C'est ce que fit
Dupuis, qui ressortit les trois premiers tomes en couleurs dans sa collection
"empreintes" avant d'offrir la délivrance aux lecteurs
proches de la crise de nerfs avec ce bien nommé tome 4, "Le
vaccin de la résurrection". J'exagère à peine
tant tout le microcosme de la bd se demandait comment cette épopée
ambitieuse et à nulle autre pareille, allait livrer ses secrets,
comment ce scénario virtuose allait s'en sortir et boucler la boucle.
Mais un petit retour en arrière s'impose pour planter le décor.
Victor Tourterelle vient de mourir. Il se retrouve dans un endroit désert
où il n'y a que rocaille à perte de vue. Et voilà
qu'un facteur, squelette tout comme lui, vient le trouver pour lui donner
un recommandé lui intimant d'aller se faire recenser au centre
Sainte-Cécile. Arrivé dans cette ville où pullulent
les squelettes (des milliers, peut-être des millions), il se rend
compte qu'il se trouve en fait au purgatoire. Un purgatoire qui ressemble
fort à un enfer puisqu'il n'y a rien à y faire, ni à
y manger. Les individus n' ont qu'une occupation : noyer leur chagrin
en ingurgitant des acides ou détergents arrivés de Terre
avec certains morts. Pire, l'endroit est dirigé de main de maître
par une dictature avec à sa tête le septuagésime,
qui fait régner l'ordre grâce à sa milice et prévient
toute révolte grâce à ses inquisiteurs. Victor, devenu
Mardi-Gras Descendres, ne peut se résoudre à accepter cette
vie dans l'au-delà. Il n'aura, à partir de ce moment-là,
de cesse de fouiner et de chercher ce qui se cache derrière tout
cela.
S'inspirant de la culture religieuse de notre société mais
aussi de nos peurs et illusions, "Monsieur Mardi-Gras Descendres"
est un must. Parce que le scénario tient en haleine jusqu'au bout.
Parce que l'étonnant dessin de Liberge parvient à donner
vie à ces squelettes et même à les rendre expressifs
(notamment en jouant sur la taille et la forme des orbites). Enfin, parce
que c'est une formidable réflexion sur la vie et la mort. Comme
un miroir tendu à chaque lecteur qui finit par se demander s'il
est plutôt un Victor Tourterelle ou un Pétronille…
Poétique, exigeante, originale, politique aussi (la série
est un hymne à la révolution et engage chaque individu à
regarder derrière le décor qu'on lui propose), c'est, de
loin, la plus belle oeuvre de Liberge à ce jour !
[sullivan]
|