Angle mort
Baladi
(atrabile)

Ce qui est bien avec Baladi, c’est qu’ il parvient toujours à nous surprendre. Et ce n’est pas cet "Angle mort" qui me contredira. L’histoire débute lentement. Un peu à la façon de Lewis Trondheim avec "Mister O", les cases se suivent et se ressemblent beaucoup. Peu de variations dans le dessin, simple, ou dans le propos. Le héros, Benny (et si ce nom fait penser à benêt ou à béni-oui-oui, ce n’est peut-être pas un hasard…), a faim et se demande ce qu’il va bien pouvoir manger. Cela dure une bonne vingtaine de pages car ce souci alimentaire dérisoire cache en fait un problème bien plus important : Benny est seul ! Rien que le fait de le dire le fait fondre en larmes. Des rencontres, un chien puis une jeune fille étrange, vont tromper son ennui. Mais pas le nôtre ! Car à mi-chemin on commence à s’impatienter. Et on se demande alors où la verve et le décalage d’œuvres comme "Goudron plumé" sont passés.
Pourtant, petit à petit, le récit gagne en consistance, notamment lorsqu’il s’emploie à montrer la complexité des rapports humains. Et, alors qu’on ne l’espérait plus, il finit en trombe, en prenant le lecteur totalement à contre-pied, avec une scène pornographique et vulgaire à souhait, sorte d’hommage à Robert Crumb ou Joe Matt.
"Angle mort" est une véritable auberge espagnole : on y trouve de tout ! Et si le scénario est loin d’être captivant, le propos est des plus libre et des plus troublant. Exercice de style, hommage à des figures emblématiques de la bd, improvisation au fil des pages : "Angle mort" est un peu tout cela à la fois. Une curiosité !

[sullivan]

 

<< BD
HOME >>