Les petits ruisseaux
Rabaté
futuropolis

Après la parenthèse “Ibicus” et ses magnifiques lavis d’encre de chine, Rabaté revient à son premier amour : la chronique sociale. Et pour cela, il choisit des petits vieux pour héros. Edmond et Emile, en l’occurrence. Nos deux hommes sont comme cul et chemise. Respectivement divorcé et veuf, ils occupent leurs journées de célibataires à aller ensemble à la pêche. Un jour, Edmond raconte à son compère qu’il rencontre des femmes par petites annonces et, dans la foulée, lui fait visiter son atelier rempli de peintures de nues, au fond de son jardin. Emile n’en revient pas. La découverte de cette facette d’Edmond qu’il ne connaissait pas va bousculer sa petite vie paisible.
Depuis ses premières œuvres parues, déjà, chez Futuropolis, Rabaté s’est toujours intéressé aux gens simples. Ce n’est donc pas une surprise si “Les petits ruisseaux” explorent, en filigrane, les relations, les us et coutumes, bref, le quotidien d’un village où les copains se retrouvent au café.
Néanmoins, le récit repose essentiellement sur les épaules du personnage d’Emile. Car ce qui intéresse l’auteur, c’est de sonder la psychologie du troisième âge pour tenter de comprendre ce qui se cache derrière les petits rituels qui rythment les journées d’Emile et de ses pairs : le petit verre de Sauvignon au café pour l’apéro, les parties de pêche, “Des chiffres et des lettres” en fin d’après-midi et, surtout, d’imaginer ce qui pourrait remettre en cause cette vie routinière sans risques. C’est là qu’ Edmond entre en scène dans le rôle du déclencheur, du révélateur.
Avec ce trait aussi sobre que les personnages mais d’une grande acuité, Rabaté vient nous rappeler, avec beaucoup de justesse et de sensibilité que même quand la vie semble derrière soi, il y a encore de belles choses à vivre. Après ce récit rempli d’humanité qui ne manque pas d’humour, il y a fort à parier que vous ne regarderez plus les personnes âgées de la même façon.

[sullivan]

 

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