La mémoire dans les poches (première partie)
Le Roux/Brunschwig
futuropolis

Futuropolis a réussi son pari. Depuis sa renaissance et des choix éditoriaux merveilleusement pertinents (Rabaté, Blutch, Debeurme, David B., Pontarolo, pour ne citer qu’eux…), l’éditeur est parvenu à prouver qu’au-delà des auteurs, chacune de ses parutions était digne d’intérêt. C’est une nouvelle fois le cas avec “La mémoire dans les poches”. Le Roux et Brunschwig y mettent en scène un grand-père, Sidoine Letignac, que l’on croit en cavale un bébé dans les bras. Le vieil homme veut se procurer du lait pour nourrir l’enfant. Devant le refus d’une pharmacienne d’accéder à sa demande, il va trouver une femme en train d’allaiter dans un café pour lui demander de donner son sein à l’enfant qu’il protège. Alertés par cette conversation sonore, les quelques clients du troquet demandent au vieil homme de s’expliquer. Sidoine Letignac raconte alors son histoire.
La bonne idée de “La mémoire dans les poches”, c’est de faire de Sidoine Letignac son narrateur. Cela donne de la crédibilité à l’histoire et cela permet de créer une tension et du mystère. Ensuite, le savoir-faire de Brunschwig (découpage rythmé et varié, jeux autour de la narration) et l’intérêt du récit font le reste. Car même si le scénariste brosse le portrait de ses personnages avec finesse, pour tenir en haleine jusqu’au bout, il faut un scénario fort. Et avec l’implosion de cette famille qui donnait pourtant l’impression d’être soudée, “La mémoire dans les poches” a ce qu’il faut en magasin.
Il y a du Davodeau dans cette chronique sociale qui gratte le vernis des apparences et vient nous parler du poids de la famille, de générosité, de respect, d’intégration mais aussi de haine et de mémoire (avec ces images de la seconde guerre mondiale qui viennent hanter notre narrateur).
Une première partie très riche et pétrie d’humanité.

[sullivan]

 

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