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Pourquoi
j’ai tué Pierre
Alfred/Ka
delcourt
On a déjà eu l’occasion de dire tout le bien que l’on
pense de la collection “Mirages” des éditions Delcourt.
“Pourquoi j’ai tué Pierre” vient une nouvelle
fois nous conforter dans notre opinion. Car traiter de l’enfance
abusée n’était pas sans risque. Pourtant, Alfred et
Ka ont relevé le défi avec brio en tenant pathos et clichés
à bonne distance.
Cette œuvre à quatre mains est en fait l’adaptation
d’un récit autobiographique écrit par Olivier Ka lui-même
pour se débarrasser de souvenirs d’enfance qui encombraient
son esprit. Mettre des mots sur cette histoire lui a permis de l’évacuer.
L’écrire a été sa psychanalyse. Comment ,en
effet, oublier que Pierre, un curé, ami proche de ses parents ,
l’a obligé à lui toucher le sexe alors qu’il
se trouvait en colonie de vacances et qu’il n’avait que 12
ans ? Cet épisode, même s’il n’eut pas la
violence d’un viol, restera néanmoins comme une tâche
indélébile dans la tête d’Olivier. Et ce traumatisme
resurgira des années plus tard, au moment où l’auteur
s’y attendait peut-être le moins.
Au-delà du geste lui-même, ce qui intéresse Alfred
et Ka, c’est de comprendre les mécanismes qui font qu’un
enfant peut être amené à accepter des choses inacceptables
de la part d’adultes et de voir ensuite les conséquences
d’un tel acte sur la psychologie d’un homme au fur et à
mesure qu’il vieillit. Grave, poignant par moments, “Comment
j’ai tué Pierre” ne verse jamais dans la facilité.
Rien n’est gratuit dans ce récit pudique qui nous conte superbement
l’intrusion du mal dans l’innocence et l’insouciance
de l’enfance, si bien rendues par le dessin d’Alfred, une
nouvelle fois parfait, qui sait se faire tour à tour enfantin ou
sombre, réaliste ou onirique.
Cette oeuvre est une plongée introspective forte qui a, en prime,
le bon goût de se clore de façon aussi inattendue que brillante.
[sullivan]
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