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Un homme est mort
Kris/Davodeau
Brest, avril 1950. Les ouvriers chargés de reconstruire la ville
détruite pendant la guerre sont en grève depuis plusieurs
semaines pour réclamer des salaires décents. Alors que la
situation s’enlise, une députée communiste et des
responsables syndicaux sont arrêtés et mis en prison à
l’issue d’actions de protestation. Le 17 avril, un appel à
une manifestation générale est lancé. Alors que le
défilé se dirige vers la sous-préfecture, il se retrouve
face à un cordon de policiers. Une échauffourée a
eu lieu quelques minutes auparavant et les esprits sont bien échauffés.
Sur ordre de leur supérieur, les policiers ouvrent le feu sur les
manifestants. Un homme est mort.
René Vautier, militant syndicaliste arrive sur place le lendemain.
La CGT le charge de filmer les piquets de grève, l’organisation
de la protestation, la solidarité entre grévistes et les
obsèques d’Edouard Mazé pour monter un petit film
afin d’encourager et de former de futures actions de protestation
contre le patronat.
“Un homme est mort” est d’une richesse incroyable. Il
est bien sûr un vibrant hommage à Edouard Mazé et
aux hommes blessés ce jour-là, victimes de la violence de
leur patrie alors que certains d’entre eux avaient été
résistants quelques années seulement auparavant.
Mais il est bien plus que cela car cet épisode n’occupe finalement
que quelques pages dans l’œuvre. En fait, le livre raconte
surtout l’histoire incroyable du film tourné par René
Vautier puis ensuite projeté sur un drap blanc accroché
à l’arrière d’une camionnette, le soir, autour
des piquets de grève, pour remonter le moral et exhorter les ouvriers
à poursuivre la lutte. Ces projections donnent d’ailleurs
lieu à l’une des scènes les plus fortes qu’il
nous ait été donné de rencontrer dans le 9ème
art, quand, magnétophone en panne, P’tit zef, le coéquipier
de René Vautier, déclame, de façon très personnelle
et poignante, le poème “Un homme est mort” de Paul
Eluard alors que les images défilent. L’intensité
de ces projections (il y en eut 88) atteint là son paroxysme.
Cette scène, si elle sert la “dramaturgie” de l’histoire,
permet aussi à Kris et Davodeau de brosser un portrait passionné
et plein d’admiration de la figure du militant. Qu’il soit
syndicaliste, cinéaste ou écrivain. Car “Un homme
est mort” vient rappeler que la lutte pour un monde meilleur, plus
juste, peut se faire à tous les niveaux et dans nombre de domaines
différents. Y compris en bande dessinée. L’œuvre
engagée et incontournable de Davodeau est là pour en témoigner.
La force de cette histoire nous en ferait presque oublier la fluidité
de la narration, la vivacité du découpage et la qualité
du dessin…A coup sûr l’un des livres de l’année.
[sullivan]
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