Jacob le cafard
Eisner
delcourt

Jacob Shtarkah traverse une période difficile. Alors que la récession économique fait rage aux Etats-Unis en cette année 1934, il a du mal à trouver du travail. La dépression le guette, d’autant que la routine s’est si bien installée dans sa vie de couple qu’il semble ne plus y avoir ni désir ni amour entre lui et sa femme. Pourtant, deux évènements vont lui redonner coup sur coup goût à la vie. Le rabbin Bensohn lui propose du travail et il reçoit une lettre de sa fiancée de jeunesse qui lui demande de l’aider à quitter l’Allemagne où la montée du nazisme devient une menace de plus en plus précise pour les juifs.
Eisner est l’un des maîtres incontestés de la bande dessinée américaine (est-il besoin de rappeler que la récompense suprême en matière de 9ème art aux Etats-Unis porte son nom ?) et mondiale et il le prouve une nouvelle fois avec ce récit brillamment maîtrisé. Son talent fait ici des merveilles. Le découpage et la mise en page sont rythmés et novateurs (le récit est paru dans les années 80 dans son pays), et le dessin dynamique et fort. Mais ce qui impressionne le plus chez Eisner, c’est la richesse de ses oeuvres.
La trame de “Jacob le cafard”, c’est bien sûr la crise existentielle que traverse son héros éponyme. Alors que Jacob s’interroge sur le sens de la vie dans ce New-York des années 30 dépeint avec une acuité étonnante (la pauvreté, les immigrés italiens, la mafia locale, l’importante diaspora juive, la montée de l’anticommunisme annonçant le maccarthysme…), il subit les soubresauts de l’Histoire en marche : crise de 1929, montée du nazisme en Allemagne et débuts des violences envers les juifs dans ce pays. Ce scénario permet à Eisner de mêler habilement destins individuels et grande Histoire pour livrer une vision désenchantée de la race humaine.
Dérangeant et ambitieux, “Jacob le cafard” est véritablement le genre d’œuvre qui a donné ses lettres de noblesse à la bande dessinée.

[sullivan]

 

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