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Muchacho, tome 2
Lepage
aire libre
Nicaragua, 1976. Après quelques semaines passées dans le
petit village de San Juan, Gabriel le bien-né a ouvert les yeux
sur le régime du dictateur Somoza. En l’obligeant à
regarder sous “la peau des choses”, le père Ruben lui
a fait prendre conscience de la violence infligée aux paysans indiens
ainsi que du bien-fondé de l’action des guérilleros
sandinistes. Aussi, quand son père, issu d’une grande famille
de Managua proche du dictateur, vient le chercher, la décision
s’impose d’elle-même, claire et limpide : il lui
faut fuir et gagner la jungle…
C’est un vent de rébellion qui souffle sur ce magnifique
diptyque. Car Lepage a décidé de planter son intrigue au
coeur de la guerre civile nicaraguayenne opposant les activistes sandinistes
au dictateur en place soutenu, comme souvent, par les américains.
Mais les acteurs de cette guérilla, s’ils ont décidé
de risquer leur vie pour défendre la liberté, n’en
restent pas moins des êtres humains, héroïques souvent,
fragiles parfois. Des personnages qui se cherchent. A l’image de
Gabriel pour qui le séjour à San Juan aura valeur de rite
initiatique. C’est en effet au contact de Ruben qu’il acquiert
une conscience politique et que son évolution théologique
prend corps (parce que Jésus Christ s’était opposé
à l’occupation romaine en Palestine, il s’identifie
à celui qui a peut-être été le premier révolutionnaire).
Et au contact de Diego qu’il s’ouvre au désir et découvre
ses penchants homosexuels.
Le superbe dessin de Lepage, qui met en valeur la beauté du Nicaragua
et de ses habitants, est un écrin parfait pour ce récit
intelligent et pluriel rendant hommage à la révolution sandiniste
tout en montrant ses contradictions au travers de la complexité
de ses acteurs. Chapeau bas !
[sullivan]
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