Le peuple des endormis
Tronchet/Richaud
aire libre

Tronchet nous devait une revanche. Car autant on avait aimé “Là-bas”, touchante chronique du déracinement scénarisée par Anne Sibran, autant on avait été déçus par “Ma vie en l’air”, l’histoire un peu stéréotypée d’une fille se découvrant le don de voler, qui lui avait succédé dans la même collection. “Le peuple des endormis” était donc l’occasion pour notre homme de remettre les pendules à l’heure. Adaptant cette fois librement un roman de Richaud (“La ménagerie de Versailles”), Tronchet nous conte ici les aventures farfelues d’un personnage haut en couleurs : le marquis de Dunan, qui n’a qu’une ambition dans la vie : bien paraître à la cour afin de gagner l’estime du roi. Sa volonté de plaire le fera aller jusqu’en Afrique où, secondé par un jeune dessinateur, il mènera contre toute attente les troupes du roi du Sénégal à la guerre contre le gouverneur français après avoir sauvé sa peau en menant à l’orgasme une femme qui n’avait jamais connu le plaisir.
Ce roman était du cousu main pour Tronchet qui s’est emparé du texte avec un plaisir évident. S’ingéniant à mettre en exergue sa fantaisie et sa dérision, l’auteur navigue avec brio, à coups de traits épais et de couleurs vives, entre aventures rocambolesques, roman initiatique (la découverte de l’Afrique est un choc pour Jean, le jeune dessinateur) et critique acerbe du roi de France et de sa ménagerie, pointant du doigt la vacuité, l’arrogance et le ridicule des moeurs et des coutumes de l’aristocratie du XVII éme siècle. Un régal de diptyque !

[sullivan]

 

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