QUATRE
Bramardi/Anton
les enfants rouges
Un jeune homme assis
sur le banc d’un parc se revoit se promenant au même endroit avec
sa maman et la surprenant en train d’embrasser un ami à elle.
A l’ étage d’une maison, il observe l’arrivée
de la baby-sitter qui vient garder son petit frère tandis que ses parents
sortent pour la soirée. Dans une bibliothèque, il regarde les
gens autour de lui faire semblant de travailler. Puis une jeune fille, la
baby-sitter, qui contemple le carnet de son père, probablement mort.
Quatre instantanés fugaces qui seraient anecdotiques si le jeune homme
en question ne nous expliquait pas rapidement qu’il est mort.
Dans “Quatre”, l’une de ses toute première œuvre
de bd, Bramardi ne dit pas les choses. Il montre. Ou plutôt laisse à
voir. Et suggère. Les blessures de l’enfance si difficiles à
se refermer. L’absence. La maladie. L’amour. La mort. A moins
que ce ne soit autre chose. Car notre scénariste laisse le soin au
lecteur de lire comme il l’entend. De faire du sens avec ce qu’il
voit. De créer des liens entre les 5 moments (il y a aussi un épilogue)
de la narration. D’assembler les pièces de ce puzzle elliptique
à sa façon.
Difficile d’accès, cette histoire complexe et mélancolique
divisera. Malgré son dessin très réussi (servi par un
trait fin et fragile uniquement rehaussé de touches de marron), certains
tourneront en rond dans ce dédale narratif à la recherche d’une
clé. D’autres s‘y perdront avec délectation.
Un premier livre résolument ambitieux pour cette petite maison d’éditions
indépendante, qui n’est pas sans rappeler certaines œuvres
du Frémok. On suivra les prochaines sorties des Enfants Rouges avec
attention.
[sullivan]