Super
Monsieur Fruit
De Crécy
seuil
Journal
d’un fantôme
De Crécy
futuropolis
La réédition
de “Super Monsieur Fruit” au seuil dans une jolie intégrale
est l’occasion de contempler le chemin artistique parcouru par Nicolas
De Crécy depuis la sortie de l’une de ses premières œuvres
jusqu’à son petit dernier, “Journal d’un fantôme”.
Un chemin fort iconoclaste et ambitieux.
Dés 1995 et la sortie du premier tome de “Monsieur Fruit”,
on sent la volonté de De Crécy de sortir des sentiers battus
et de creuser son propre sillon. Car si cette œuvre conte les aventures
d’un super héros, c’est pour mieux détourner les
codes du genre et en livrer une version plus que décalée. Jugez-en
plutôt : notre héros, Clarque Quinte (toute ressemblance
avec le nom d’un autre super héros n’est pas fortuite…)
est un journaliste obèse qui manque scoop sur scoop à cause
de sa gourmandise mais quand il revêt son habit de justicier, il devient
Super Monsieur Fruit et utilise ses pouvoirs pour faire régner la paix
à New-York sur Loire et combattre l’ignoble Jean-François
qui projette de devenir le maître du monde en prenant le contrôle
du corps des gens en leur faisant manger des fruits et légumes injectés
de X202T.
On retrouvera ce goût pour la fantaisie et ce côté déjanté
dans toutes les œuvres qui suivront. “Journal d’un fantôme”,
qui vient de sortir chez l’incontournable Futuropolis en est une nouvelle
preuve. Pour la première fois pourtant, De Crécy choisit l’autobiographie
pour s’interroger sur le métier de dessinateur, ses aspirations
et les obstacles qu’il peut rencontrer. Mais comme notre homme est toujours
à la recherche de formes narratives nouvelles, il met en scène
un personnage un peu particulier : son propre dessin, sous une forme
ronde tout juste esquissée. Ce dessin, accompagné de son manager,
va évoluer et s’affirmer au gré des rencontres qu’il
fait et des choses qu’il voit au cours d’un voyage au Japon avant
de se retrouver à côté de son auteur dans l’avion
qui le ramène à Paris pour un dialogue sur la création,
ce qui l’influence et les dangers (notamment les travaux de commande)
qui la guettent.
Cette histoire des plus surprenante nous ouvre temporairement les portes du
cerveau de De Crécy et propose un éclairage singulier sur le
travail de dessinateur. Et confirme une nouvelle fois que De Crécy
fait partie ,avec Blutch et quelques autres, des auteurs les plus novateurs
du moment.
[sullivan]