Le
ciel au-dessus de Bruxelles [après]
Yslaire
(futuropolis)
A l’image de John
Lennon et Yoko Ono qui organisèrent un bed-in en 1971 dans une chambre
d’hôtel à Amsterdam pour protester contre la guerre du
Vietnam, un jeune juif et une beurette kamikaze se retrouvent dans une chambre
de Bruxelles quelques heures avant le début de la guerre en Irak en
2003. Elle, est endoctrinée par le discours religieux fanatique de
son entourage. Lui, a déjà vécu plusieurs fois et veut
tenter de la persuader de vivre le jour présent. Devant les images
de violence venant du Proche Orient qui défilent sous leurs yeux à
la télé, ces nouveaux Adam et Eve restent héberlués
et ne savent que faire. Et si la plus franche opposition à la guerre
était tout simplement l’amour ?
Cette fenêtre d’utopie ouverte sur le monde avait surpris à
la sortie du tome 1, fraîchement accueilli d’ailleurs. La naïveté
de ce “Make love not war” de la bd avait en effet dérouté.
D’où, peut-être, la note que l’on trouve en épilogue
de ce dernier tome. Une note dans laquelle Yslaire a ressenti le besoin de
se justifier, faisant comprendre, au passage, qu’après sa série
fétiche “Sambre”, teintée de noir, il avait eu envie
de quelque chose de plus optimiste et joyeux. Et pourquoi pas ! Le message
a beau paraître simpliste, il n’en demeure pas moins nécessaire
de le répéter régulièrement. D’autant qu’il
est ici délivré par un dessin toujours aussi virtuose, très
influencé par le cinéma (gros plans, “point” fait
sur le personnage central de la case, à la façon d’une
caméra…).
Cependant, il est clair que cette charge contre la guerre aurait eu bien plus
de poids si elle avait été servie par un scénario plus
alerte et dynamique. Car une fois ce couple iconoclaste réuni par l’amour,
le rythme du récit retombe et il faut avouer qu’il ne se passe
ensuite plus grand chose. Dommage. Cette parenthèse dans l’œuvre
d’Yslaire est, du coup, à moitié manquée.
[sullivan]