Le
camp volant
Hausman
(aire libre)
Pas vraiment du genre
à suivre les modes, Hausman ! Sa précédente œuvre
pour Aire libre, “Les chasseurs de l’aube”, histoire d’amour
préhistorique singulière, avait de quoi surprendre. Il en est
de même pour “Le camp volant”, qui confirme ce que l’on
a toujours su : l’attrait d’Hausman pour la nature et le
merveilleux. Dans ce nouveau récit, l’auteur rend en fait hommage
à la personne qui lui a donné envie de raconter des histoires :
sa grand-mère ardennaise qui donnait vie aux gnomes, fées et
autres sorcières le temps d’une soirée au coin du feu
quand il était enfant.
Dans les Ardennes et la Lorraine, un camp volant désignait un vagabond,
un individu vivant ici ou là, prêt à lever le camp à
tout instant. Celui de notre récit vit dans les bois et connaît
les gestes qui sauvent et les plantes qui apaisent. Marginal et mal-aimé
parce que différent, cette sorte de rebouteux est toléré
aux abords du village pour les services qu’il rend et les histoires
qu’il raconte à l’auberge : celle du mariage du fils
Pissecrosse ou encore celle du rapt de la fille de la Philo. Mais la peur
de l’inconnu et les a-priori auront raison du camp volant et l’obligeront
à partir.
En créant un récit gigogne (l’auteur conte l’histoire
du camp volant qui lui-même raconte ses propres histoires), Hausman
redonne vie à la tradition orale du conte. Son joli dessin dépeint
sans concessions mais avec tendresse une campagne aveuglée par les
superstitions et les croyances et repliée sur elle-même. Et livre
une œuvre touchante et originale respirant l’authenticité
qui, mine de rien, prône le respect de la différence.
[sullivan]