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Loup
Sarn/Moreno
(les enfants rouges)

Ce n’est, bien sûr, pas un hasard si c’est la couleur rouge qui vient s’immiscer, voire parfois carrément envahir, les gris et noirs de l’élégant dessin de Moreno. Car le sang prend graduellement de plus en plus d’importance dans la vie du personnage principal de ce récit.
Louis était là, dans la gare, à quelques mètres, quand la bombe a explosé. Assourdi par la déflagration, il a vu les corps étendus autour de lui, les membres arrachés, les visages déformés par la douleur. Lui s’en est sorti. Physiquement du moins. Car dans sa tête, cela ne tourne plus rond. La bombe est toujours là, omniprésente. Et avec elle, ce qu’elle représente : la cruauté, la haine et la terreur. L’explosion l’a submergé. Il se sent attiré par le sang, tenté par le mal. Et si Louis était en fait un autre homme, Loup ?
En brossant un portrait psychologique de Louis aussi fort que subtil, Sarn et Moreno nous donnent à voir, avec “Loup”, la difficulté de se remettre d’un acte terroriste quand on en a été victime ou témoin. Ils livrent également, au travers de ce récit singulier à plusieurs voix (différentes personnes de l’entourage de Louis et Louis lui-même deviennent tour à tour narrateur pour éclairer ce qu’il a traversé), une réflexion pertinente sur l’attirance que peut exercer le mal sur certaines personnes et sur les origines de la violence.
Ambitieuse (que ce soit dans la forme narrative ou dans le thème abordé), cette œuvre n’a pas peur de déranger en bousculant le lecteur et s’avère, du coup, assez marquante.

[sullivan]

 

 


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