Voyage
en pays Mohawk
Van den Bogaert/O’Connor
(dargaud)
Voilà un ouvrage
bien singulier. Songez que les deux hommes qui en sont à l’origine
ne se sont jamais rencontrés. Et pour cause ! Ils ont vécu
à des époques différentes…Le premier se nomme Van
den Bogaert et vécut dans la petite ville de la Nouvelle Amsterdam
(qui allait devenir New-York) située à un endroit appelé
Manhatas par les autochtones. En l’an 1634, la colonie hollandaise implantée
dans le Nouveau monde a peur pour son commerce de peaux de castor : de
moins en moins de Mohawks font le trajet pour vendre leurs peaux et des français
se sont installés non loin pour venir également négocier.
Van den Bogaert est alors envoyé, chargé de cadeaux, avec deux
de ses amis pour rencontrer les chefs des tribus iroquoises afin de les convaincre
de faire affaire avec eux. Notre homme eût la bonne idée de tenir
un journal dans lequel il décrivit son périple.
Mais si cet écrit est passionnant d’un point de vue historique
(il est un témoignage de première main sur les us et coutumes,
l’organisation sociale ou les moeurs des amérindiens qui permettra
peut-être de changer la vision stéréotypée que
l’on a trop souvent de ceux que l’on appelle encore de façon
erronée “les indiens”), il n’en reste pas moins très
descriptif et un brin austère. Pourtant, George O’Connor (le
second) a relevé le défi d’utiliser ce journal, sans l’altérer
ni l’abréger, pour en faire un roman graphique. Et grand bien
lui en a pris. L’auteur américain (qui signe là sa première
bd après avoir illustré de nombreux ouvrages pour enfants) s’est
véritablement approprié le texte et a essayé d’imaginer
ce qui se cachait derrière les mots. Ce décalage (toujours respectueux
et plausible) qu’il y a parfois entre la langue et les dessins apportent
beaucoup d’humour et de rythme à la narration et contribue, de
même que le dessin tendre et drôle à la fois, à
faire en sorte que ce livre ne soit pas seulement le récit d’un
épisode méconnu de l’histoire de l’Amérique
mais aussi un grand roman graphique. Coup de cœur !
[sullivan]