Moby
Dick
Deprez/Rouaud
casterman
Denis Deprez est un transfuge
du Frémok. Il a d’abord contribué à la création
de cette maison d’éditions avant d’y sortir sa première
œuvre, “Les nébulaires”. Depuis lors, il a toujours
eu une démarche artistique forte, adaptant son style graphique à
chaque histoire racontée. Pour le superbe “Othello”, il
avait par exemple opté pour de superbes gouaches à l’huile.
Ici, pour adapter “Moby Dick”, c’est l ‘aquarelle
qui prédomine, mêlée à un trait au crayon.
Une nouvelle fois visuellement très réussi, ce “Moby Dick”
s’attache à mettre en parallèle deux destins très
contrastés : celui du jeune narrateur qui rêve d’aventure
et de découverte d’autres horizons et celui, bien sûr,
du capitaine Achab, dont la vie est devenue une obsession : retrouver
et tuer Moby Dick, le cachalot blanc qui lui a dévoré une jambe.
La grande expressivité de la technique de Deprez lui permet de nous
faire voir la folie monomaniaque dans les yeux du vieux capitaine et l’insouciance
puis la peur dans celle d’Ismahel. L’effroi monte crescendo à
mesure que les couleurs, assez chaudes au départ lorsque l’on
suit Ismahel dans sa quête d’un baleinier pour connaître
le grand frisson, deviennent plus froides et sombres à partir du moment
où le Péquod lève l’ancre pour de longs mois de
chasse
Adapter ce genre d’œuvre quasi-légendaire n’est pas
sans danger pour un auteur. Le pari est pourtant relevé par Deprez
qui a su réinventer le roman de Melville en lui apportant une intensité
graphique nouvelle, mise en valeur, il faut le souligner, par cette très
belle édition de Casterman. Bravo !
[sullivan]