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Lendemains de Cendres
Séra
delcourt

Séra Ing est né au Cambodge en 1961. Obligé de fuir les khmers rouges de Pol Pot, il quitte son pays pour la France en 1975. A l’instar de Rithy Panh ( auteur du poignant “S-21, la machine de mort khmer rouge”, primé à Cannes en 2002), il a depuis entamé un travail de mémoire pour que l’on n’oublie ni la folie meurtrière qui s’est emparée des révolutionnaires de l’Angkar ni les innombrables personnes qui sont mortes sans même savoir pourquoi. Dans “L’eau et la terre” paru en 2005, l’auteur revenait sur la période allant de 75 à 79 et l’horreur de la révolution communiste. Sous prétexte de refonder le pays et de faire des cambodgiens des hommes nouveaux, Pol Pot et ses sbires firent régner un régime de terreur pendant 3 ans, 8 mois et 20 jours qui tua 2 millions de personnes (sur une population totale de 7 millions et demi), obligea des milliers d’autres à rejoindre des camps de travail et en poussa autant à s’exiler.
Dans “Lendemains de Cendres”, Séra se penche cette fois sur une période allant de 79 à 93. Au travers de l’histoire d’amour compliquée de Chantréa et Nhek, il rend d’abord compte de la fin du régime khmer : l’invasion vietnamienne qui entraîna la chute de Pol Pot et l’exode énorme des cambodgiens vers la Thaïlande pour fuir les massacres. Puis il nous conte en dessins son retour au pays en 1993, rendu possible par la signature du traité de Paris entre les différentes factions deux ans plus tôt.
Le parti pris narratif et graphique est le même que dans “L’eau et la terre”. Ces 2 récits sont bel et bien des œuvres de fiction qui s’apparentent à des sortes de flash backs cauchemardesques éclairant la destinée des personnages ballottés par les soubresauts de l’histoire de leur pays mais une fiction que Séra s’emploie à recadrer avec précision pour la replacer dans son contexte historique. Ainsi, des cartes de camps de réfugiés, des citations de Pol Pot, des lettres ou des coupures de presse parsèment le récit pour rappeler que tout cela a bien eu lieu. Quant au côté graphique, il est une nouvelle fois somptueux : très travaillé (après avoir réalisé un premier dessin au trait, Séra le traite à l’ordinateur avant d’y revenir avec de la peinture ou d’autres matières pour ensuite le scanner et le mettre en couleur par informatique) et d’une incroyable expressivité, il alterne visions sombres et apocalyptiques et superbes dessins de paysages romantiques permettant au lecteur de respirer.
Si, dans l’ensemble, “Lendemain de Cendres” est un peu moins abouti que son prédécesseur, il forme incontestablement avec “L’eau et la terre” un diptyque incontournable.

[sullivan]

 

 


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