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Le dernier modèle
Levallois
futuropolis

Vous ne connaissez certainement pas son nom et pourtant Stéphane Levallois n’est pas vraiment un débutant dans la bande-dessinée. Simplement, sa précédente (et première) œuvre est sortie il y a 7 ans. Il faut dire que notre homme est un touche à tout de la création : story-boarder, réalisateur de films publicitaires (WWF, Vichy…), directeur artistique de jeux vidéos, metteur en scène de courts métrages…Quand il revient à la bande-dessinée, c’est que Levallois a un projet ambitieux et bien affirmé. C’était déjà le cas de “Noé”, histoire entièrement muette de 160 pages sortie dans la très bonne collection “Tohu-Bohu” des Humanoïdes associés. Ca l’est de nouveau avec “Le dernier modèle”, récit autobiographique atypique dont l’un des thèmes centraux est la création.
Stéphane Levallois s’y met en scène pour raconter comment, il y a 14 ans, alors que la responsable d’une galerie venait de lui proposer de faire une exposition personnelle, il contacta d’anciennes amies pour poser nue afin d’être ses modèles…sans forcément penser à tout ce que cela impliquait. L’auteur nous donne ainsi à voir la gêne occasionnée par ces situations incongrues, l’angoisse du créateur quand il doit fabriquer ou les réactions de son entourage face au produit fini.
Si cette réflexion sur les rapports entre artiste et modèle est particulièrement réussie, elle le doit à la sensibilité de l’auteur et à sa volonté de ne rien cacher. Voilà pourquoi son magnifique dessin, un trait réaliste et donc très vivant, relevé de lavis de noirs et de gris, est ici très influencé par les expressionnistes viennois. A l’instar de Schiele ou Kokoschka, il n’a pas son pareil pour montrer la fragilité des personnages au travers de leurs corps maigres et élancés, pour déceler leur manque de confiance en eux dans la position de leurs doigts ou leur angoisse dans leur façon de se tenir.
Visuellement magnifique, “Le dernier modèle” propose également une forme narrative très maîtrisée qui nous parle aussi d’amour, de mort ou encore de relations hommes/femmes ou parents/enfants. Cela en fait une œuvre riche et intelligente qu’il serait dommage de manquer. Assurément l’un des livres qui devrait glaner quelques récompenses en fin d’année.

[sullivan]

 

 


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