Les
vaincus
Duchazeau
dargaud
Apoo est un chasqui,
un messager royal. Il parcourt les sentiers de l’empire inca pour transmettre
des messages. C’est un homme un peu sauvage qui profite de ses courses
pour contempler les magnifiques paysages qui l’entourent et mener une
vie paisible et solitaire. Mais un jour de 1532 les viracochas sont de retour.
Les dieux blancs arrivent sur leurs radeaux de bois. Et si le vieux K’anchay
avait vu juste ? Et si la prophétie de l’ermite se réalisait ?
Alors cela voudrait dire la fin du monde inca.
“Les vaincus” est à la bande dessinée ce que “Le
nouveau Monde” (de Terence Mallick) est au cinéma : la description,
sombre, de la destruction d’une civilisation, la disparition d’un
paradis irrémédiablement perdu. On le connaissait pour son travail
en duo avec Fabien Vehlman qui a abouti aux mémorables “La nuit
de l’inca” ou “Les 5 conteurs de Bagdad”. Pour sa
première œuvre en tant qu’auteur complet, Frantz Duchazeau
livre une oeuvre personnelle et forte.
“Les vaincus” suit en fait la destinée d’Apoo qui
voit son monde s’écrouler du jour au lendemain avec l’arrivée
des blancs. Bâtons qui tuent, Inca arrêté, démons
à 4 pattes : le messager est perdu. Hagard, il ne sait plus que
faire, alors il court. Pour fuir d’abord, puis pour retrouver sa sœur,
arrachée jeune à sa famille pour servir l’Inca, ensuite.
Avec une grande expressivité, le magnifique noir et blanc de Duchazeau
nous montre à voir le désespoir et la panique dans les courses
et les yeux d’Apoo pour mieux nous faire comprendre la tragédie
qu’ont connu les indiens incas ou mayas. Emouvant et imparable.
[sullivan]