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CHRONIQUES BIRMANES
Guy Delisle
(Shampooing - Delcourt)

Après Guy en Corée du Nord, le voilà en Birmanie pour de nouvelles aventures. Cette fois-ci, comme il l'explique, Guy ne part pas à Rangoon pour son travail mais il décide d'accompagner son amie Nadège envoyée en mission humanitaire pour Médecins Sans Frontières. Le couple emmène aussi leur très jeune garçon Louis. Le livre retrace donc un an de la vie du dessinateur et sa famille dans l'une des plus grandes dictatures du monde. La Birmanie,sous le contrôle de la junte militaire depuis 1989, est un pays fermé, renfermé sur lui-même. L'intérêt d'un tel livre (document?) c'est de suivre l'oeil, la plume, les mots de Delisle pour apprendre, découvrir et peut-être un peu mieux comprendre ce pays coincé entre l'Inde, la Chine et la Thaïlande. Les 260 pages qui composent ce 'journal de bord' se déclinent en différentes 'rubriques': les anecdotes très (trop?) nombreuses, les pages culturelles et instructives (celles qui nous apprennent des faits, des caractéristiques du pays et de son histoire...), les scènes de la vie quotidienne (pas très intéressantes) et les parties sur l'humanitaire. Ces dernières que j'aurais aimé plus nombreuses ne nous parlent pas toujours suffisamment du travail et de la réalité rencontrés par Médecins Sans Frontières. Elles constituent pourtant un véritable intérêt même si on comprend que Delisle n'a pas voulu limiter la portée de cet ouvrage à cet aspect. Avec Delisle, on passe, au fil des pages, de passages sérieux à des chroniques plus légères, ce qui fait naviguer le lecteur entre humour, dérision, cynisme et prise de conscience solennelle de la réalité. On sourit souvent. On s'étonne parfois mais il faut reconnaître qu'il ne se passe pas grand chose. Je m'attendais à ressentir plus d'émotions à travers son regard. Peut-être n'était-ce pas le but de l'auteur? Au bout d'une centaine de pages, bizarrement, Delisle finit un peu par m'agacer en parlant trop de lui. Certains passages sont même affligeants comme lorsqu'il commence à flipper comme un gamin face à la grippe aviaire parce qu'il n'a pas de Tamiflu (l'effet humoristique est un peu lourd et pitoyable). Ou alors lorsqu'il voit un pauvre tuberculeux cracher tout ce qu'il peut et Delisle de dire "Pouah. Dégoûtant!" Vous en voulez encore? Delisle songe à un moment à une maman séropositive et à son petit bébé si maigre et la seule bulle, dans cette même case, d'être "Pfff! Je suis vanné." On a aussi le droit à presque toutes ses sorties 'cocktails' dans le petit monde bien confortable des expatriés. Plus belle la vie ! A des passages du style "Ouille, j'ai un peu l'anus en feu mais je tiens absolument à jeter un coup d'oeil à cette caserne de pompiers (?) Euuuh là, je confirme, il n'y a pas vraiment d'humour. La preuve puisqu'on a le droit à deux très beaux dessins de camions de pompiers japonais datant de la Seconde Guerre Mondiale (???). Cet ouvrage manque de profondeur. Il ne dépasse pas souvent le regard du simple touriste confronté à une autre culture. Le sujet TOTAL en Birmanie est 'effleuré'. L'auteur observe, montre, dessine, dénonce du bout du crayon mais pêche dans 'l'engagement'. Ses 'réflexions', quand il en fait, restent superficielles, banales et peuvent laisser souvent perplexes. Par exemple, il aurait été intéressant de nous faire partager ce qu'il a pu vraiment ressentir de l'intérieur lors de ces trois jours passés dans un centre de méditation mais non... D'une expérience assez exceptionnelle on n'en ressort pratiquement rien alors quel est le but de se raconter? Ce livre est une déception. Il ne s'agit pas uniquement d'être allé dans un des pays les plus fermés au monde, d'y avoir vécu un an pour penser que ça peut en faire un document 'cool' qui sera forcément acclamé à l'unanimité par les critiques occidentaux en mal de sensations fortes ou simplement d'exotisme à tendance politique. Je me trompe peut-être mais je pense que ce livre aurait pu être plus intéressant. Encore aurait-il fallu que l'auteur ait vraiment des choses à dire.

(chRisA)

 

 


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