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Acme
Ware
delcourt

Chaque nouvelle œuvre de Chris Ware est un véritable évènement éditorial. Parce que 1/Notre homme se fait relativement rare (depuis l’excellent “Jimmy Corrigan” en 2003, il y eut seulement “Quimby the Mouse”). 2/Il s’agit à chaque fois d’objets superbes, conçus et pensés dans les moindres détails. 3/ L’auteur américain a inventé un univers vraiment très personnel et singulier.
Si “Jimmy Corrigan” avait un format proche du livre à l’italienne, cet “Acme” prend des allures de tome encyclopédique avec son imposante taille. Il s’agit en fait d’une compilation de pages parues entre 1993 et 2001 dans l’ “Acme Novelty Library”, périodique que Ware autoédite désormais et qui propose des histoires courtes de différents personnages (dont Jimmy Corrigan est également issu), augmentée d’inédits.
Comme à l’accoutumée, Chris Ware, pour bien faire les choses, accompagne cette compilation d’une présentation loufoque de la société Acme qui a pour objectif de fournir à ses clients tous les produits dont ils pourraient avoir besoin (cela va de coupons de réductions périmés à une bibliothèque miniature à plier et monter soi-même en passant par des publicités pas piquées des hannetons pour les sponsors de la compagnie et des bds). Déjantée mais pas indispensable.
Mais c’est bien sûr les différentes séries proposées qui valent le détour. On y retrouve le dessin très stylisé et typique de Chris Ware qui s’inspire du comics américain des années 20-30 ainsi que les thèmes de prédilection de l’auteur : vacuité de la société de consommation, incapacité de l’homme à être heureux, échec des relations humaines…C’est dans des séries comme “Big Tex” et la stupidité de son personnage ou “Rusty Brown”, où l’on croise un antihéros d’âge moyen qui sacrifie toute vie sociale et amoureuse pour ses collections de figurines et de bandes dessinées rares, que le désenchantement et la charge de l’auteur contre le genre humain se font le plus brillamment sentir. Ware y fait montre d’un second degré aussi corrosif qu’amer.
Au final, “Acme” n’est pas le chef-d’œuvre que peut-être “Jimmy Corrigan” (les différentes séries sont, par exemple, d’inspiration inégale) mais ce livre nous donne l’opportunité de retrouver le décalage et l’acidité de Ware. C’est déjà pas mal.

[sullivan]

 

 


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