Un
peu avant la fortune
Jean-C. Denis/Dupuy-Berberian
aire libre
Etienne vient de gagner
au loto. 6 numéros. Il devrait être euphorique, exalté,
la tête dans les nuages. Pourtant, c’est tout le contraire qui
se passe : cette grosse somme d’argent l’angoisse et lui
fait se poser des centaines de questions. A tel point qu’il est ailleurs
et commence à oublier les réalités matérielles :
il se fait voler par des jeunes, a un accident de voiture, manque de mourir
noyé, et, pour couronner le tout, pense avoir perdu le billet…C’est
le moment que son ex choisit pour refaire irruption dans sa vie !
Jean-C. Denis et Dupuy-Berberian, véritable dream team de la bd, ont
décidé d’imaginer ce qui peut se passer dans la tête
de quelqu’un entre le moment où il apprend qu’il a gagné
au loto et le moment où il touche effectivement l’argent. S’ouvre
alors une sorte d’intermède un peu surréaliste où
fantasmes et réalité s’entremêlent et où
projets, excitation et questions se télescopent : faut-il prendre
l’argent ? Son ex ne revient-elle pas parce qu’elle est au
courant ? Peut-il compter sur ses amis ? Et ces personnes étranges
qu’il rencontre dans le métro ne veulent-ils pas lui dérober
le précieux billet ?
L’idée de départ du scénario permettait effectivement
une réflexion intéressante sur l’argent et les changements
qu’il peut engendrer. Pourtant, son traitement déçoit
quelque peu. Si l’on y retrouve la mélancolie chère à
Jean-C. Denis (surtout dans le personnage d’Etienne), certains rebondissements
manquent de crédibilité et quelques répliques n’ont
pas le naturel, l’authenticité nécessaires pour que l’on
adhère véritablement à cette histoire. Attention, la
lecture de “Un peu avant la fortune” n’en reste pas moins
agréable, d’autant que le dessin de Dupuy-Berberian (avec ici
un trait bien plus fin que d’habitude) est toujours aussi élégant
mais c’est juste que l’on attendait certainement plus de la collaboration
de nos 3 hommes.
[sullivan]