La
beauté
Blutch
futuropolis
C’est en lisant
ce genre d’œuvres que l’on se rend compte à quel point
le terme de “bande dessinée” est réducteur, simplificateur.
C’est d’ailleurs peut-être l’un des effets (nombreux…)
recherchés par l’auteur. Car on le sait, Blutch aime se remettre
sans cesse en question, expérimenter, faire table rase de ce qu’il
a déjà fait pour continuer à explorer et à avancer,
pour tenter de mettre à jour des formes nouvelles. Si pour “C’était
le bonheur”, il avait opté pour un simple stylo bic, Blutch a
cette fois jeté son dévolu sur 3 crayons de couleur : noir,
rouge et bleu, pour réaliser les quelques 100 dessins de “La
beauté”.
Une femme tenant une raquette de badminton. Un bébé que l’on
présente à bout de bras. Une femme à quatre pattes prête
à se donner. Des tableaux au trait nerveux et expressionniste qui semblent
de prime abord autonomes mais qui laissent ensuite entrevoir des liens, des
ponts, des échos. Ici des femmes attachées par les chevilles,
là des chiens en marge de la scène, ailleurs des mets sur une
table qui attendent d’être avalés. Blutch n’est pas
là pour raconter une histoire. Et il se garde d’ailleurs bien
de dire les choses. Non, ce qu’il veut avant tout, avec ces scènes
surréalistes et incongrues, juxtaposant partenaires sexuels et enfants,
grand pères et petites filles, c’est troubler les esprits, susciter
le malaise, bref, bousculer le lecteur et le faire réagir. Et il y
parvient en utilisant symboles et métaphores et en jouant avec notre
inconscient.
Rarement Blutch aura été aussi loin dans l’expérimentation
narrative. Certains loueront la singularité et le courage de la démarche.
D’autres resteront carrément perplexes une fois la dernière
page du livre tournée. Mais une chose est sûre : aucun ne
pourra rester tiède. Et de ce point de vue là, l’auteur
aura tenu son pari.
[sullivan]