Sept
missionnaires
Ayroles/Critone
delcourt
Les vikings viennent
une nouvelle fois de faire régner la terreur en violant, tuant et pillant
des villages de la côte. Apprenant la nouvelle, le responsable du clergé
irlandais décide de réagir. Il va envoyer des moines évangéliser
ces sauvages venus du nord et remettre ces brebis égarées dans
le droit chemin ! Mais qui désigner pour jouer le rôle des
martyrs ? L’abbé ne peut se résoudre à sacrifier
ses meilleurs éléments et choisit donc d’envoyer 7 moines
corrompus par les pêchés capitaux, en leur promettant rédemption
et titre d’évêque s’ils réussissent.
Le concept de cette série “7” ? Charger 7 dessinateurs
et 7 scénaristes différents de travailler en binômes afin
de livrer un récit autonome. Une règle à respecter cependant :
que les personnages principaux soient au nombre de 7. Après “7
psychopathes” ou “7 voleurs”, Alain Ayroles a penché
pour ces 7 missionnaires et un traitement décalé, histoire de
surprendre le lecteur. Car si la couverture sobre et élégante
(mélange de mat et de brillant), le dessin léché et réaliste
de Critone et les premières pages mettant en scène un massacre
peuvent donner l’impression au lecteur que c’est un récit
tragique qui va lui être proposé, la scène suivante, burlesque
au possible, qui présente les 7 missionnaires, se charge de lui faire
comprendre que rien ne va se passer comme prévu.
Jouant à fond la carte du contraste (entre ce que l’on attend
des moines et ce qu’ils sont vraiment, entre les vikings et les religieux
ou entre les attentes du lecteur concernant l’histoire et ce qu’il
advient en fait…), le scénario, très maîtrisé
et fluide, prend un malin plaisir à prendre le lecteur à contre-pied.
Cela donne des scènes cocasses, voire délirantes, à l’humour
inspiré (avec, à la fin, une pointe d’humour noir bienvenue
visant “l’opium des peuples”) qui font de ce one-shot une
comédie fort réussie.
[sullivan]